vendredi 10 novembre 2017

L’étrange accompagnateur du vol 1628 (1987)


        « La plus importante histoire d'ovni de notre temps », écrivait l'Inquirer de Philadelphie. « La plus bizarre observation aérienne de l'histoire de l'aviation », renchérissait le Daily News d'Anchorage, tous les deux en date du 5 janvier 1987.
  
Dessin humoristique de la rencontre de Terauchi selon l'Inquirer de Philadelphie.
« Rien d'anormal, c'est juste comme dans les films. »
 Voyons les faits.

Lumières à l’horizon
Nous sommes le 17 novembre 1986. Un Boeing 747 de fret des Japan Air Lines (JAL), parti de Paris et ayant fait escale à Reykjavik, Islande, se dirige vers Tokyo via Anchorage au dessus de la Mer de Beaufort, sur la côte nord de l'Alaska. Le temps est clair et le vol 1628 a été jusque-là sans le moindre incident. Il transporte, entre autres, des bouteilles de Beaujolais, ce qui inspirera les médisants !

Il est 18 h 13, heure locale, et le crépuscule s'installe. Le soleil a disparu à l'horizon (il est à 11 degrés en dessous) quand le pilote, Kenju Terauchi, 47 ans, repère à gauche, au loin, à l'avant de l'appareil, « deux lumières clignotantes » dont il estime être séparé de 11 à 12 km environ. « Sûrement des avions de chasse ou des jets en mission spéciale », pense-t-il.

Mais au lieu de s'éloigner, les feux tantôt blancs, tantôt jaunes, demeurent en position à 600 mètres au dessous de l'avion. Il est 18 h 19 quand Terauchi décide d'alerter par radio les contrôleurs radar du trafic aérien de la FAA (Administration Fédérale de l’Aviation US) à Anchorage.

Carl Henley, technicien, est devant son écran, 10 km plus bas et il entend le copilote Takanori Tamefuji, qui, lui aussi, voit des taches brillantes, demander : « Eh, nous avons là-bas en vue deux lumières devant nous... »

Avant même qu’il puisse répondre qu’aucun appareil n’est sensé se trouver dans les parages, les deux points lumineux commencent à « manœuvrer ». « Comme deux jeunes oursons jouant l’un avec l’autre », dira plus tard Terauchi !

Et ils viennent se placer devant l’appareil, à moins d’un kilomètre de distance, lançant des jets flamboyants au point que le pilote a une sensation de chaleur sur le visage à travers le cockpit. Il évalue leur taille à celle d’un DC 8. Mais ils n’en ont aucunement la forme. Celle-ci ne rappelle rien de connu : ce sont « deux cylindres enveloppés de raies de lumière pointillées latéralement qui partent d’un centre plus sombre ».

Dessin de Terauchi selon People Weekly du 28 janvier 1987.

« Comme du charbon de bois piqueté de cendres ardentes et incandescentes. » Et tout cela se déplace « en formation » avec le jumbo jet à 900 km/h, « comme contrôlé par me intelligence » (Terauchi).

En bas au sol, les contrôleurs ne voient rien d’autre sur l’écran que le 747.

Mais voilà que les objets lumineux s’éloignent vers la gauche et disparaissent. On respire à bord, ayant craint un moment la collision.

C’est alors qu’un spot s’inscrit sur le radar de bord de l’avion, à gauche encore. L’équipage regarde dans cette direction. « Quelque chose » est là en effet qui semble suivre l’appareil : « une grosse bande de lumière blanche brillante ».

La voix du pilote est, cette fois, secouée de tremblements. Les contrôleurs focalisent leur radar pour mieux voir. Une image apparaît sur l’écran, précisément là où le pilote a signalé l’objet. La base militaire de l’Air Force de Elmendorf alertée, confirme l’observation. Il est 18 h 26.

« Un gigantesque objet nous suit. »
Comme l’avion survole Fairbanks, le halo lumineux montant de la ville permet au pilote d’avoir une meilleure vision de l’objet : c’est une gigantesque masse vert sombre « en forme de noix barrée par le milieu horizontalement d’une bordure éclairée comme un tube néon ». Sa taille : « environ celle de deux porte-avions mis bout à bout ». Donc de 180 à 200 mètres !
Dessin de Terauchi.
 Pour essayer d’échapper à ce formidable ovni qui les suit, Terauchi obtient des techniciens de la FAA l’autorisation d’abaisser son altitude de un kilomètre. L’objet descend en même temps. Toujours avec l’aval des contrôleurs au sol qui ont perdu le spot radar correspondant au compagnon du 747, l’avion vire à droite deux fois à 45 degrés puis complète un retournement complet sans que son fantastique « suiveur » ne modifie moindrement sa position relative ; ce qui a demandé une grande vitesse d’exécution si vraiment l’ovni se trouve entre 8 et 13 km (calcul basé sur l’observation radar au sol).

Deux autres avions qui croisent dans le secteur - un des United Lines venant de décoller d’Anchorage et un cargo Totem C-130 - sont avertis de l’aventure et ils se dirigent vers l’appareil du JAL. Arrivés en vue de celui-ci - ils ne verront pas l’ovni - la barre lumineuse « s’est éteinte ». Ne reste que le clair de lune. « C’était comme dans un rêve. Incroyable », rapporta Terauchi. Il est 18h 53.

La poursuite a duré au total 40 minutes et s’est étalée sur près de 600 km.

Le black-out échappé de justesse
Lorsque l’avion se pose à Anchorage quelques minutes plus tard, l’équipage des trois hommes - il faut ajouter au pilote et copilote l’ingénieur de vol Yoshio Tsukuda - est longuement entendu par les responsables de la FAA.

Cela, on l’apprit bien plus tard car rien de l’incident ne filtra dans les médias. Et il est probable qu’on n’en aurait définitivement rien su si la FAA n’avait pas été harcelée par des reporters japonais, lesquels avaient eu vent de l’affaire par un des parents des pilotes.

L’histoire fut donc rendue publique le 1er janvier 1987. Beau cadeau de Nouvel An pour tous les ufologues du monde entier qui ne se firent aucune illusion : « on va tout faire pour « tuer » cette rocambolesque histoire », prédisait l’un d’eux.

Aussitôt dit aussitôt fait.

Fi de l’accusation de rétention de l’information: « Nous n’avons pas voulu répandre la nouvelle » , déclarera Paul Steucke, porte-parole de la FAA.

« Notre rôle est d’informer le public du bon travail de la FAA, pas des choses bizarres de l’espace » ! Le ton était donné.

En ce qui concerne les enregistrements radar du 17 novembre, ils furent « réexaminés ». Et il se révéla que le fameux blip capté par la FAA n’était qu’un écho du vol 1628 lui-même - il paraît que cela arrive souvent, un « objectif primaire non corrélé », en d’autres termes un artefact, un fantôme quoi ! Et le spot observé au même moment sur les radars de l’Air Force était, pour sa part, un « objectif anormal ». En clair, les contrôleurs de la FAA avaient mal interprété un dédoublement de l’image de l’avion et les militaires avaient fait une malencontreuse confusion... Et ceci malgré les propos de Sam Rich, l’un des trois radaristes de la FAA qui, comme ses collègues témoins du phénomène, « avait bien cru que c’était l’image radar d’un engin volant ».

Certes, ce double concours de circonstances était quand même extraordinaire ; Steucke, ironique, dira : « une coïncidence de deux mirages avec une observation certainement hallucinatoire... »

La machine à démystifier en marche
En effet, bien que reconnu comme qualifié, à jeun et non drogué  (il ne put s’empêcher de dire qu’un moment, il avait pensé que ses poursuivants « voulaient boire le vin français ! » - , le pilote Terauchi apparut comme ayant un lourd passé ufologique : n’avoua-t-il pas avoir vu, au cours de ses 27 ans de carrière, déjà deux ovnis ? Et sa sale habitude parler de « vaisseaux spatiaux » ou de « vaisseau-mère » pour désigner ce qu’il avait cru voir dans le ciel ne pouvait qu’attiser la suspicion.

De surcroît, voilà que le 11 janvier 1987 au matin, lors d’un vol Londres-Anchorage, Terauchi rapportait une deuxième « rencontre », l’impudent !

Le pilote Terauchi.
Et à peu près au même endroit, il décrivait « des lumières irrégulières ressemblant à celles d’un vaisseau » (le vocabulaire américain du Japonais était décidément très limité).

Cette fois, les contrôleurs radar ne confirmaient pas l’observation.

Et Paul Steucke pouvait avancer tranquillement l’hypothèse quasiment certaine « de lumières venant du sol réfléchies sur des cristaux de glace dans l’atmosphère » (thèse dérivée de la fameuse explication des ovnis par une inversion de température dans les couches nuageuses).

Terauchi acceptait d’ailleurs cette interprétation sans rechigner, reconnaissant qu’il avait pu se tromper. Depuis, il a été muté (rotation de routine selon les AL) à Tokyo pour des vols de jour (!) après avoir passé 3 ans à Anchorage où il utilisait son temps libre à pêcher le saumon rouge... Mais je parie que ce hobby lui a passé brusquement...

Philip K. Klass (1919-2005).
Le point final à cette affaire avait été porté par Philip J. Klass, un acharné dénonciateur de faux ovnis, décédé depuis. Selon lui, « il est presque sûr que l’objet vu par Terauchi était extraterrestre et sa taille colossale ». Et pour cause, c’était très certainement la planète Jupiter brillant d’un éclat inaccoutumé. L’ancien éditeur de la revue : Aviation Week & Space Technology était parvenu à cette conclusion au terme de savants calculs sur ordinateur quant aux positions des corps célestes par rapport au Boeing, en cette soirée mémorable du 17 novembre.

Et ce devait être la planète Mars qu’on avait confondue avec les deux premiers ovnis. « Ce n’était pas la première fois qu’un pilote expérimenté prend un corps céleste pour un ovni et sûrement pas la dernière » (sic).


Enquête officielle
La FAA rendit public , le 5 mars 1987, le résultat de son enquête de 3 mois qu’elle avait rouverte en janvier sous la pression de l’opinion: 400 demandes de copies des documents radar vendus au prix de 200 dollars. Elle confirmait tout ce qu’on a dit plus haut : vision radar erronnée « malheureusement apparue juste quand le pilote rapportait voir quelque chose à l’extérieur de son avion ! »

« La conclusion est qu’on ne peut conclure », affirmera textuellement Paul Steucke. « On ne peut rien confirmer ni infirmer. Il n’y a plus rien à investiguer ».

P. Steuke révélait quand même que la FAA avait divulgué une autre observation par un autre équipage des Alaska Air Lines, au-dessus de McGrath, le 29 janvier repéré sur le radar atmosphérique de l’appareil : une cible qui se déplaçait à 500 km/minute (30 000km/heure) mais qui ne fut pas repérée visuellement ni par les radars au sol. L’agence avait interrogé les pilotes mais « ne s’était formé aucune opinion » sur cette nouvelle observation. Sûrement la même que sur la précédente.

Plus de vingt ans après, ce cas spectaculaire a été bien sûr oublié. Il n’empêche que l’observation de ces « vaisseaux-mères » encombre les annales de l’ufologie ; on parle le plus souvent d’engins aussi grands qu’un terrain de football. Le dernier en date est récent puisqu’il a été rapporté par l’équipage d’un vol des Aurigny Airlines le 23 avril 2007 : un ovni géant d’un miles de long, selon le capitaine Ray Bowyer qui l’observa avec ses jumelles de bord. « C’était un objet très net, mince et jaune avec une zone verte ».

« Il était à 600 mètres d’altitude et à une distance que j’estimai tout d’abord à une quinzaine de km ; ainsi, sa taille aurait été celle d’un Boeing 737. Mais le pilote réalisa que la distance était plutôt de 6 km, d’où il rajusta sa taille de l’ordre 1 miles ».  A l’approche de Guernesey, « un second objet identique fut observé plus loin à l’Est ».

Les observations furent confirmées par plusieurs passagers et par un pilote non identifié d’une autre compagnie aérienne. L’autorité de l’aviation civile (CAA) confirma l’observation mais ajouta qu’elle ne savait pas pourquoi certaines parties du rapport n’avait pas été publiées.

Décidément, il se passe quand même des choses dans le ciel, comme l’a souligné la réunion de pilotes à Washington le 12 novembre 2007.


Initialement publié sous le titre « Enorme ovni, au dessus de l’Alaska », DIMANCHE S. & L.,  1er novembre 1987.
Version abrégée publiée en « best »,  DIMANCHE S. & L., 15 Juillet 1990.
Version augmentée titrée : « L’étrange accompagnateur du vol 1628 », in LE MONDE DE L’INCONNU, N°333, août-septembre 2008.

Dernière mise à jour : 16 juillet 2009.




L’héritage des extra-terrestres
Ou panorama de la médiumnité moderne


Le 1er mai 1974, j’écrivais à M. Gallet, directeur littéraire chez Albin Michel et responsable de la collection « Les chemins de l’Impossible » : « J’accumule en ce moment la documentation pour un prochain ouvrage dans lequel je m’attaquerai au phénomène psi et l’ESP. Il s’agira de : Le Legs des Extra-terrestres. »

Après quelques échanges téléphoniques intermédiaires, le 22 mars 1976, soit deux ans plus tard, M. Gallet me répondait : « Le nouvel ouvrage que vous m’annoncez « Le Legs des Extra-terrestres » me paraît intéressant. »

Et le 22 septembre 1976 : « Ce que vous m’annoncez me fait attendre avec un vif intérêt votre nouvel ouvrage : « Le Legs des Extra-terrestres ».

Le contrat d’édition était signé le 16 décembre 1976, sous ce titre.

Dans une lettre datée du 14 janvier 1977, M. Gallet me disait : « Le legs des ET (je crois que L’héritage des ET serait un meilleur titre) est repoussé à la rentrée… » Ceci à cause, en partie, de la parution de « Des Sous-dieux au Surhomme » sorti en juillet 1977.

La sortie de « L’héritage des Extra-terrestres » se fit donc le 3 novembre 1977.



Voilà la préface de ce livre :

L’Homme possède en lui des qualités qui ne ressortissent guère à sa nature autochtone. L’Homme semble courir après des facultés perdues dont il sent les potentialités sous-jacentes et dont il sait inconsciemment la transcendance. D’où cette incessante aspiration à se surpasser, à mettre en défaut les critères carrés de la science par des faits dits « paranormaux », inexplicables dans les schèmes actuels du matérialisme vieillissant. La magie et la religion n’entretenant plus aucune espèce d’engouement, il incombe aux disciplines psychiques de prendre le relais et, comme le soutient le docteur J.-B. Rhine, de non seulement conduire l’humanité à une « meilleure compréhension de l’homme », mais de « sauver la spiritualité ». Le monde moderne tend à assimiler l’être humain à une mécanique bien huilée, dont les rouages sont bien connus, dénués de tout mystère dans un milieu qui fait de moins en moins de part à l’individualité. Les statistiques appliquées aux réactions humaines cherchent à définir un archétype et ne portent aucune sorte d’intérêt aux singularités qui, dès lors, disparaissent et sont escamotées.

Une classe d’individus se situe en marge de la société : ce sont les médiums. C’est à eux que revient le devoir d’« émanciper l’humanité » prétend Peter Maddock, cofondateur de l’Institut de parascience. Non contents de graviter autour d’un public crédule qui leur assure, sinon la fortune, tout au moins des subsides plus que suffisants (on apprend qu’en Angleterre, un médium gagne au minimum 000 F par mois !), certains « ténors » en la matière forcent les portes des universités pour faire valoir leurs compétences et les faire authentifier par les nouveaux inquisiteurs de notre siècle : les scientifiques. Et contre toute attente, ces derniers se laissent prendre au jeu, abandonnant leurs occupations solennelles et sérieuses pour se livrer à des investigations honteuses des différents aspects de la médiumnité. Cet intérêt subit est une preuve manifeste du malaise qui s’installe au sein de certaines disciplines scientifiques.
Les facilités pécuniaires accordées aux médiums, leur accès à une célébrité certes toute relative mais qui peut flatter les esprits primaires, attirent dans leur sillage une horde de faux prophètes, simulateurs invétérés qui hantent la parapsychologie de leurs personnalités équivoques. Et ces opportunistes, peu soucieux de l’avancement d’une parascience à laquelle ils ne croient même pas, font souvent preuve d’une telle dextérité dans la supercherie qu’ils accèdent, grâce à leurs prodiges « plus vrais que nature », aux premiers rangs de la science psychique.

Après Terriens ou Extra-terrestres ? (1) et Extra-terrestres en exil ! (2), voici donc maintenant l’Héritage des Extra-terrestres, qui s’attache à décrire des exemples récents du paranormal humain, tout en essayant de dénoncer certaines manifestations de la « mafia psychique », selon l’expression de Lamar Keene. Celle-ci, dont le budget aux U.S.A. se chiffre en millions de dollars (!), s’appuie sur la crédulité innée de l’homme, tout en disposant de toutes les subtilités actuelles de la technique de pointe : miniaturisation, électronique, etc. Cette « mafia » laisse dès lors planer sur tout exploit, si extraordinaire soit-il, un doute désagréable qui risque de gangrener à mort la parapsychologie, ou alors d’en faire une « science orpheline ».

Suivant une tendance à la mode, nous ne voulons pas enfin nous transformer en démystificateurs ; nous laissons cette tâche souvent indigne à quelques auteurs qui y prennent un évident plaisir, disproportionné à l’œuvre de salubrité publique derrière laquelle ils se retranchent. Notre unique intention est de distraire en informant ceux qui le désirent des dernières énigmes du paranormal. En tant que membre de plusieurs sociétés dont la vocation est d’étudier l’étrange, nous voulons faire profiter nos lecteurs de ce vaste réseau de documentation et des informations qui nous parviennent des quatre coins du monde.

Telle est notre seule vocation.

(1) Terriens ou Extra-terrestres ? Michel Granger, Albin Michel, 1973.
(2) Extra-terrestres en exil ! Michel Granger, Albin Michel, 1975.

Et voilà sa table des matières.






Et je terminais ce livre par cette postface appelant une suite qui ne viendra que 40 ans plus tard (3).

Nous voici donc parvenus au terme de notre survol des phénomènes récents de la médiumnité physique. Comme nous le laissions entendre, il ne s’agit point des restes d’une époque périmée, mais les faits relatés dépassent par bien des aspects les prodiges enfantés par ce siècle naissant. La chasse à la fraude est aujourd’hui menée rondement et l’observateur dispose de maints instruments, plus sûrs que l’œil humain, pour en garantir l’authenticité. Les phénomènes qui résistent donc à la critique n’en sont que plus merveilleux et prennent là, à l’échelle humaine, leur pleine dimension ; tout accrédite que les facultés dont d’aucuns sont légataires, leur viennent d’un monde où les critères physiologiques des créatures pensantes sont tout autres que sur notre Terre.

Tous ces exploits, tous ces miracles inhérents à la face cachée de l’homme, n’en sont cependant pas moins humains ; gageons qu’ils ne disparaîtront qu’avec l’extinction de l’espèce. Le docteur Stanley Dean, professeur de psychiatrie à l’université de Floride à Miami, n’écrit-il pas, dans son livre Psychiatry and Mysticism : « En tant que savant qui connaît la médecine et la psychiatrie et qui a étudié les phénomènes psychiques depuis des années, je peux formuler la conclusion à savoir que l’homme préhistorique utilisait l’E.S.P. et d’autres pouvoirs paranormaux pour survivre dans un monde aussi rude qu’il nous est impossible de l’imaginer [...]. Ce que nous appelons aujourd’hui faculté extra-sensorielle était régulièrement employé par l’homme des cavernes et faisait partie intégrante de son salut. Il usait du radar psychique, lequel le préparait à éviter et contrecarrer les dangers imminents. Je pense qu’il a dû faire montre de suggestion pour se guérir lui-même. » Cette persistance de caractères psychiques dans l’homme moderne nous permet de donner rendez-vous à nos lecteurs pour d’autres recueils de faits paranormaux qui ne cessent de se produire, même à l’heure où nous écrivons ces lignes. Néanmoins, comme il n’y a pas pour un auteur de joie plus grande que celle d’apprendre qu’il est lu, autrement que par les relevés de compte de son éditeur, c’est-à-dire par le contact direct, nous prions instamment ceux qui ont quelques commentaires à faire sur nos ouvrages passés, ceux qui ont des suggestions pour parfaire les prochains et surtout ceux qui ont été témoins de manifestations paranormales et désirent nous en faire part, de ne pas hésiter à nous écrire par l’entremise de notre maison d’édition. Résidant définitivement en France, nous leur répondrons, qu’ils s’arment de patience.

Sur ces souhaits sincères, prenons congé...

Le 4 octobre 1976.


(3) Cette « suite », si elle voit le jour – pour l’instant, elle ne fait qu’encombrer mon ordinateur -, prendra la forme de trois gros volumes bourrés de notes et de références. Cette monstrueuse compilation commencée en l’an 2000 concerne l’histoire (je l’ai intitulée « La Saga ») de l’ectoplasme depuis son apparition jusqu’à nos jours. L’ectoplasme, cette mystérieuse substance « psychique », qui ne cessa, depuis sa première apparition, en 1871, à alimenter la controverse : matière spirituelle ou bien illusion ? En 2006, je me suis rendu en Angleterre où j’ai eu le privilège de voir le phénomène tel que produit par un médium physique encore en activité. Cette expérience m’incite donc à penser à sa réalité. C’est pourquoi je me suis imposé ce gros travail d’examen de presque tous ces témoignages qui constituent un impressionnant dossier en sa faveur même si la preuve définitive de son existence n’a encore pu être apportée.


Dans La Revue des Soucoupes Volantes n°3 du 1er trimestre 1978, son éditeur Michel Moutet donnait cette critique de mon livre « L’Héritage des extra-terrestres ».

Dans la première partie de son livre, l’au-
teur nous conte les mésaventures de la « superstar-
psychique » (vous aurez aisément reconnu
l’inénarrable Uri Geller). Malgré un faisceau
 de faits particulièrement accablants, il reste
difficile de déterminer avec certitude si notre
 « tordeur de cuillères » est un prestidigitateur
ou un authentique « phénomène ».
Dans la seconde partie de l’ouvrage,
Michel Granger poursuit sa quête du paranor-
mal en s’intéressant à la médiumnité sous tou-
tes ses formes. Des ectoplasmes modernes aux
 « poltergeist » et aux dématérialisations, l’au-
teur nous démontre que tous ces phénomènes
 que l’on croyait l’apanage du XIXème siècle
 sont bien vivants à notre époque… et tout
aussi inexpliqués.
Michel Granger se présente ici comme le
« journaliste mondain » des phénomènes psi.
Tous les « potins » du monde parapsychologi-
que nous sont dévoilés avec un humour qui –
reconnaissons-le – manque cruellement dans
 les ouvrages de ses confrères.
Son unique conviction est que tous les
phénomènes étranges sont « naturels », que ces
pouvoirs sont inscrits dans nos gènes, qu’ils
nous ont été légués par nos « lointains ancêtres
extra-terrestres ». L’auteur a développé ce
point de vue dans d’autres de ses ouvrages,
 mais il nous apparaît que c’est une autre évi-
dence qui se dégage à la lecture de ce livre.
Nous avons nettement l’impression que la mo-
de actuelle qui tend à considérer que seuls les
« scientifiques » (plus ils ont de diplômes,
mieux c’est, et surtout s’ils sont spécialistes
 des lasers) sont seuls habilités à étudier et à
porter un jugement sur les faits paranormaux,
conduit à une impasse dans l’étude de ces
faits. Nous ne prendrons qu’un exemple ana-
logique : trouveriez-vous normal qu’on de-
mande à un chanteur célèbre d’étudier le lan-
gage » des dauphins ?


Edition en italien (1979)


mardi 31 octobre 2017

La « paraufologie » : alternative crédible à l’HET ?


C’est seulement 25 ans après l’« an un » de l’ère ufologique moderne dite arnoldienne (1), dans les années 1970, que se fit jour déjà la tendance à envisager une alternative à la fameuse hypothèse extraterrestre* (HET), largement dominante jusque-là (a).

En effet, l’idée d’intrus venus d’ailleurs (espace ou cosmos au sens large) dans des engins spatiaux itinérants :
-          téléguidés (satellites, sondes, « machines », etc.),
-          ou habités (vaisseau, véhicule, fusée, module, etc.),
lancés, envoyés en notre direction par des « voyageurs » ayant maîtrisé les contraintes d’un tel exploit technique (contraintes non encore à notre portée pour faire de même) dans le but de nous visiter à des fins non clairement affichées, commençait à se fissurer, se laissant envahir par des possibilités plus ou moins exotiques.

Le « facteur psychologique » du phénomène ovni, soulignant l’existence d’une interaction entre le témoin et l’objet observé souvent mise en exergue, amena à un repli sur soi du débat sur l’origine des ovnis passant du suffixe « extra » à celui d’« intra », l’homme en constituant le centre.

Ainsi naquit l’hypothèse selon laquelle ils pouvaient contenir une composante psychique – voire « parapsychologique », c'est-à-dire ressortissant au paranormal ; elle s’infiltra dans la tête d’ufologues aux idées larges au grand dam de ceux qui, les plus nombreux, restaient encore fidèles à la notion d’irruption non comprise, dans l’espace aérien circumterrestre, de machines technologiques appelées familièrement soucoupes volantes (SV).

Cette interprétation fut tout d’abord repoussée par les tenants de l’HET qui y virent un « dévoiement » de leur chère hypothèse dite « soucoupique » : voir à ce propos le rejet épidermique du GEPA (groupe français d’étude des phénomènes aériens, le plus sérieux à l’époque) face à l’option « ultraterrestre » de J. Keel adoptée et développée par J. Vallée.

Selon l’ufologue Claude Maugé (b), l’hypothèse parapsychologique (HP) « considère que les ovnis sont, avec d’autres manifestations telles que les apparitions ou les phénomènes spirites, des « matérialisations » transitoires, émanant par exemple de l’inconscient collectif de l’humanité » (Maugé, p. 33) avec une ambiguïté de taille puisque, précisément, la parapsychologie - de l’époque et d’aujourd’hui ? - n’intégrait guère ces phénomènes de matérialisation dans son corpus d’étude, fût-il élargi au maximum. Les « matérialisations » étaient plutôt considérées comme une des « impasses » dans laquelle s’était engagée la défunte « métapsychique » Quant à l’inconscient collectif, il n’était encore guère à la mode, bien que déjà évoqué de façon plus ou moins ésotérique.

 La « graine » semée par Jung

C. G. Jung (1875-1961)
Historiquement parlant, on s’accorde à penser que les racines de l’HP se trouvent dans un livre méconnu et négligé (c) par les ufologues, livre écrit par C. G. Jung (1875-1961), l’inventeur précisément de l’inconscient collectif. Dans cet opuscule publié en 1958, donc vers la fin de sa vie, le psychiatre suisse se livre à des réflexions moins sur les ovnis (2) en tant que tels que sur les rêves, les peintures, les visions et les récits de science-fiction dans lesquels des images assimilables à des ovnis peuvent être représentées.

Sa thèse assimile l’ovni à un « mandala », forme archétypale psychique projetée par l’inconscient collectif d’une humanité en état de stress, de solitude et de manque de religiosité ; elle fut tout d’abord largement ignorée par les ufologues plus à l’aise pour discuter de la pluralité des mondes habités que pour faire la difficile exégèse de la pensée « panpsychique » jungienne.

Les réfutations seront très rares à l’époque et superficielles telle celle, plutôt simpliste, du Dr James McDonald (1920-1971) formulée en 1967 arguant que la réaction des animaux aux ovnis ne suggère pas des images archétypales bovines, chevalines, canines… Elle montre à quel point lui et ses homologues partisans de l’HET prenaient cette théorie au sérieux.

Mais à côté du petit couplet sur le « mandala » et d’un radotage « sexuel » sur les SV (c’est lui-même qui fustigeait les radotages techniques sur l’existence des SV), Jung faisait montre d’une compréhension du phénomène dans sa globalité perceptive qui force l’admiration. Il écrivait (c) : « Il s’agit là (le phénomène SV) d’un phénomène apparemment physique (une « mandala » peut-elle revêtir une forme physique ?), caractérisé d’une part par la fréquence de ses manifestations, de l’autre de son étrangeté, sa bizarrerie, son potentiel d’inconnu, voire même sa nature physique contradictoire. Un tel objet – par son imprécision et son évanescence (3) même – peut provoquer, mieux que tout autre, des imaginations conscientes ou des phantasmes inconscients. Les premières suscitent des suppositions, des spéculations et aussi des affabulations erronées, tandis que les secondes fournissent l’arrière plan mythologique susceptible d’être mis en jeu, d’être déclenché par des observations aussi irritantes. » (Jung, p. 27)

Si le livre où Jung donne ses vues sur le phénomène ovni est considéré comme une œuvre mineure (3) de cet auteur par rapport à ses forts écrits précédents fondateurs de la psychologie analytique, il eut à retardement (découvert quand il fut traduit en anglais [1959] puis en français [1961]) un effet ravageur en ufologie ; car certains ufologues déçus par l’HET s’emparèrent de ses idées, oubliant parfois, par omission ou pire, de le reconnaître explicitement, laissant entendre que celles-ci étaient issues de leur esprit fécond ; et ce, pour se lancer dans des théories alternatives voire négativistes.

Le « boîte à Pandore » était ainsi ouverte pour alimenter les thèses qui vont aller de la mythification, la folklorisation, la sociopsychologisation, etc. et engendrer le gros de la littérature ufologique des 30 années suivantes, noyant le phénomène dans les brumes de la parapsychologie [l’expression est de René Fouéré (1904-1990), du GEPA, très pro-HET] et, surtout, amenant à en négliger la source fondamentale : l’objet ovni tel que dégagé d’une enquête de terrain désormais masqué par une gangue « psychologisante » qui le relègue au second plan. Ainsi le phénomène s’est trouvé de la sorte « désubstantialisé » pour en faire une simple source de stimulus (l’expression vient d’un directeur du GEPAN qui proposa sans succès d’utiliser ce terme plutôt que celui de PAN) engluée dans une gangue perceptuelle qui en cache la véritable nature.

Le « système de contrôle » de J. Vallée

 Les principaux profiteurs de cette « désubstantialisation » des ovnis sont souvent reconnus comme des tenants de l’HP. Observons qu’il n’en est rien à travers l’œuvre des deux plus célèbres de ceux-ci : J. Vallée et J. Keel. Ou alors, il faut élargir grandement le champ parapsychologique.

J. Vallée, cet ufologue franco-américain qui, ayant abandonné l’HET pour des raisons qu’il n’a cessé de développer depuis, devenant le champion des thèses ésotérique, surnaturelle, de la conspiration (ne pas confondre avec celle conspirationniste), etc., avait voulu « esquisser un pont entre les milliers de cas d’ovnis et l’ensemble des données et les éléments qui existent à l’appui des phénomènes tels que la psychokinésie, la prophétie et la télépathie » [Vallée, p. 33] ; exercice « métalogique » qu’il avait d’ailleurs eu beaucoup de mal à argumenter si ce n’est sous quelques notions fortes (comme quelques apparition/disparition (dé/matérialisations) d’ovnis, l’absurdité de certains témoignages et l’influence profonde du phénomène ovni sur la société humaine) mais qu’il habillait incontestablement d’une si belle sémantique qui lui valut un grand succès même s’il s’aliéna le noyau dur de ceux qui continuaient à penser l’HET comme valable et en rejeta bon nombre soit vers le « néoscepticisme »(zététique), soit vers les théories occultes et paranormales qu’il alimentait en fait.

Dans son livre « Le Collège Invisible » (d) où il est sensé « faire des SV des manifestations en quelque sorte surnaturelles ou parapsychologiques avec des anges ou des démons comme occupants (Fouéré, 1975), Vallée parle certes d’une possible composante psychique du phénomène ovni mais jamais il ne lui donne un caractère parapsychologique en ce sens que purement humain. R. Fouéré (e) remarque avec pertinence que Vallée a remarqué « que les appareils insolites et leur occupants semblent fuir la présence humaine », ce qui s’oppose à l’HP.

Pour lui, la source du phénomène n’est jamais clairement explicitée (il la disait carrément « humaine » dans un livre précédent) et la voilà, six ans plus tard, extérieure à l’homme à tout le moins ; en témoigne ce passage caractéristique : « Nous sommes en face d’une technologie qui transcende la physique que nous connaissons et est capable de manipuler la réalité en engendrant chez les humains des états de conscience variés, une altération de leurs émotions et de leurs croyances » (Vallée p. 186). On est loin d’une explication parapsychologique classique de phénomènes paranormaux purement terrestres et plus près des thèses « paraphysiques » ou occultes défendues dans les années 1960 par R. Palmer (1911-1977) et M. N. Layne (1883-1951), ce dernier soutenant l’hypothèse « éthérique ». Vallée postule l’existence d’un « système de contrôle » qui agirait sur les croyances « comme un thermostat d’appartement » en régule la température… Il reconnaît qu’on aura du mal à en démontrer l’existence, ce qui, en effet, n’a pas été fait depuis 40 ans.

Le « superspectre » de J. Keel

John Alva Keel, né Alva John Kiehle (1930-2009).
Un autre auteur à se prévaloir d’une thèse à connotation parapsychologique est J. Keel (1930-2009), détenteur d’un Ph. D. en herpétologie et archéologie (!), l’inventeur des ultraterrestres, ces étrangers non venus de l’espace mais dont il ne nous dit jamais clairement d’où ils sont issus si ce n’est qu’il les assimile souvent aux élémentals (esprits non incarnés), créateurs des religions, qui « cultivent les croyances et créent de nouvelles manifestations pour les accréditer ». Keel, se considérant plutôt fortéen qu’ufologue, écrivait dans son livre UFOs Operation Trojan Horse (f) : « J’ai abandonné l’hypothèse extraterrestre en 1967 lorsque mes enquêtes sur la question ont révélé un étonnant recouvrement entre les phénomènes psychiques et les ovnis… »

Il est difficile de trouver dans l’œuvre de Keel, qui s’essaya à la littérature ufologique dans Play Boy, des arguments propres à étayer cette thèse parapsychologique tant il s’est appliqué à dire tout et n’importe quoi, ce que, apparemment, ses lecteurs ont apprécié puisqu’il devint très influent mais aussi controversé.

Certes, il se prévalut de se faire fort de démontrer que « les entités ovnis sont directement reliées aux entités et manifestations impliquées dans les miracles religieux et les séances spirites » (Keel, p. 46), mais on a du mal à trouver où (dans ses 4 livres principaux), surtout si on s’attache à la nature de l’ovni et non à celle des entités qui en sortent) se complaisant dans un melting pot où il mélangeait avec délice le pouvoir guérisseur des ovnis, les révélations des contactés, les émotions des témoins, etc. Il crut bon d’attacher au phénomène ovni le mystère des coïncidences et des paradoxes, des révélations prophétiques, apocalyptiques (1999 devait donner lieu à une « panique universelle »).

La source de l’ovni semble être une forme d’énergie intelligente au point le plus haut possible du spectre de fréquence ; pour étayer une telle assertion, il inventa un « superspectre d’énergie » de la plus haute fantaisie « qui se tient en dehors du spectre électromagnétique normal et sur lequel la médiumnité permettrait de se brancher » et accéder à l’ESP et qu’il assimilait parfois à l’inconscient collectif de Jung ! C’était en quelque sorte l’idée des réalités alternées assaisonnées à la sauce de l’intelligence extérieure manipulatrice cinq ans avant Vallée. Il prit aussi un plaisir non dissimulé à dissoudre le phénomène ovni dans les légendes et le folklore et ce, dès 1970.

Keel écrivait encore que le phénomène ovni étant largement hallucinatoire, cela rendait la suggestion parapsychologique peut-être plus solide que la spéculation ufologique classique !

Il ne manquait de qualifier le phénomène ovni de « poltergeist cosmique ». Mais il ajoutait : « Attention : il serait dangereux d’exclure la possibilité qu’un petit résidu d’observations puissent être réelles car cela nous exposerait à une invasion d’un autre monde » (Keel, p. 279).

Peut-on dès lors avancer que ces deux théoriciens de l’ufologie non extraterrestre, auxquels on alloue volontiers d’avoir défendu la thèse parapsychologique pour expliquer le phénomène ovni, sont convaincants ? Personnellement, je ne crois pas.       

Ainsi, C. Maugé a raison en ajoutant au sujet de l’HP : « Cette hypothèse repose sur des cas souvent plus discutables que la moyenne et sur un corpus théorique très insuffisant. »

Surnaturel, paranormal ou parapsychologique ?

Si les ovnis devenaient ni plus y moins que des manifestations surnaturelles, où serait alors leur réalité parapsychologique ? Recentrons sur l’ovni et le témoin et le sens par lequel l’un se manifeste à l’autre. Stricto sensu, si l’ovni est un objet parapsychologique, son origine doit être l’homme lui-même, donc purement terrestre.

A ce propos, Vallée, en reconnaissant l’habillage du phénomène ovni observé selon les éléments disponibles dans la réalité du témoin (sociopsychologisation de l’expérience) écrivait que « le contact entre les témoins humains et le phénomène ovni se produit sous des conditions contrôlées par ce dernier (le phénomène, le « système) » (Vallée, p. 45). Cela plaçait le témoin en position de récepteur, et non de sujet actif, qui renouait opportunément avec le caractère d’élu brigué par nombre de contactés. A noter que les médiums revendiquent souvent cette domination qu’exercent sur eux les phénomènes parapsychologiques.

L’ufologue américain J. Clarke, auteur d’une explication plutôt qualifiée de « psychoïde » qui se démarque peu de celles de Vallée/Keel, s’était d’ailleurs inscrit en faux à l’encontre de cette idée du témoin « contrôlé » par l’ovni : « A mon avis, avait-il écrit, c’est exactement le contraire qui se produit, à savoir le fait que le témoin contrôle les conditions. » Sans plus hélas beaucoup argumenter pour étayer cette variante.

J. Clark est l’auteur d’un livre publié en 1975, en collaboration avec Loren Coleman (g), où il proposait la paraufologie (c’est lui qui inventa le nom) « pour comprendre l’incompréhensible » (4).

En final d’un panégyrique à la Keel surtout centré sur l’expérience des témoins, y compris celle des contactés où ils reliaient les ovnis à toutes sortes de manifestations surnaturelles, les deux auteurs édictaient deux lois de la paraufologie :

  1. « le mystère ovni est primairement subjectif et son contenu primairement symbolique ;
  2. « les manifestations objectives sont des sous-produits générés « psychocinétiquement » de ces processus inconscients qui forment une vision culturelle du monde irréel. Existant seulement temporairement, ils sont au mieux seulement « quasiphysiques ». » (Clark & Coleman, p. 236 et 242).

Le phénomène ovni n’était qu’un poltergeist cette fois planétaire généré par l’énergie psychique de l’inconscient collectif et plus rarement par l’inconscient individuel.

Toujours est-il que dans les années 1970, certains groupes de paraufologues, prenant argent comptant les idées rapportées trop souvent inexactement de C. G. Jung, et assimilant les apparitions d’ovnis à des matérialisations métaphysiques de l’inconscient collectif de l’humanité (égrégores selon les occultistes), voire de l’inconscient individuel de certains sujets psi, se mirent à croire qu’un rassemblement d’ufologues bien intentionnés, pouvait inciter, « parapsychologiquement parlant », le phénomène à se manifester.

Ce fut l’époque des « nuits d’observation » organisées par différents groupes ufologiques afin, en quelque sorte en des exercices de travaux pratiques, d’obtenir des observations dites « provoquées », intentionnelles, opposées aux spontanées. En effet, qu’est-ce qui aurait pu emporter l’adhésion de ces considérations « psycho-ufologiques » si ce n’est des tentatives pratiques d’obtention de validation en faveur et même une étude scientifique de l’HP ? Un phénomène ovni qui ferait du témoin non pas un « percipient » entrant en résonance avec l’ovni - quelle que soit son origine – mais réellement un convocateur du phénomène, voire son créateur.

Personnellement, j’ai participé à nombre de ces veillées invité par quelque témoin local habitué à observer des choses bizarres dans le ciel. Inutile de dire qu’à chaque fois, nous sommes rentrés bredouilles, déçus si ce n’est dépités, le témoin lui-même imputant le plus souvent cet échec au fait que c’était peut-être moi qui, trop méfiant, avais fait capoter l’expérience.

Deux expériences, à ma connaissance, auraient pu faire basculer le problème ovni dans le sens de l’HP : une en France en 1975, chef de file P. Viéroudy ; une aux Etats-Unis en 1971 : tandem Dr Schwarz & S. Lansing. Elles aboutirent même à des photos qui, hélas, ne contribuèrent pas à leur validation, ni même à l’éveil de quelque intérêt de la part de la communauté scientifique. Résumons-les succinctement.

Les ovnis « convoqués » de P. Viéroudy

Pierre Viéroudy (1939-1999)
© Michel Moutet / Agence Martienne 
Pierre Viéroudy (nom de plume), cadre commercial en région parisienne, intéressé en amateur aux ovnis depuis son adolescence, fait un constat, avec sa femme, durant la vague ovni de 1973-74 : « Il nous est apparu, écrit-il (h), qu’il y a une inter-relation certaine entre le phénomène et le témoin ». Lui, entre autre. « L’esprit humain semble partie prenante dans le phénomène. » « Je pense que c’est le chercheur qui agit sur le phénomène et le provoque délibérément par concentration de pensée. » Le témoin devient un acteur à part entière, un « percipient » selon la terminologie parapsychique anglo-saxonne.

Cette constatation stupéfiante s’est tout d’abord imposée à lui quand « le phénomène semblait se manifester dans mon secteur en fonction de mes recherches du moment » (Viéroudy p. 169)

A partir de là, il va tenter en 1974, dans une première phase, de provoquer volontairement les apparitions d’ovnis en des lieux et dates précisés à l’avance ; et il annonce environ de 60 à 70 % de réussite !

Non seulement les ovnis sont bien là au rendez-vous dans le ciel nocturne : points lumineux qui s’éteignent, réapparaissent, se déplacent… mais c’est « comme si le phénomène répondait à nos souhaits » (Viéroudy, p. 170).

Ovni photographié le 22 août 1976 par P. Viéroudy décrit comme « un objet orange de l’éclat de Jupiter se déplaçant très lentement à 6 ou sept degrés au-dessus de l’horizon, suivi d’un plus petit de même couleur qui s’éteint immédiatement (avions ?).
Fort de cette découverte fondamentale, il entreprend en 1975 la « grande expérience » à savoir « chercher à faire apparaître le phénomène pour nous mêmes » (Viéroudy, p. 173). Et ça marche : le 28 février 1975, ils assistent nuitamment, dans la région de Corbelin (forêt de M. près de Chambon-la-Forêt ?), lui, sa femme et quelques amis de L.D.L.N. (groupe ufologique Lumières dans la Nuit), à un « festival lumineux » qui dure 40 minutes : des points lumineux - quatre simultanément - lançant des éclairs rouges, en déplacement, faisant demi-tour, avec variation d’éclat, extinction. P. Viéroudy les suit au télescope et un jeu s’instaure entre les témoins et le phénomène… « Il semble évident que nous étions au centre du phénomène qui se déroulait autour de nous » (Viéroudy, p. 185).

Outre l’effet de mimétisme (l’ovni parodie, en changeant d’apparence, tant bien que mal les étoiles, les avions !), l’aspect intentionnel ne fait aucun doute, les points lumineux obéissent à la voix du chercheur, répondent à sa demande seulement pensée et même respectent la pause du repas des observateurs. Certains sont farouches (évanescents), d’autres moins. « Tout s’est passé comme si le phénomène était impatient d’apparaître et n’avait pas perdu une minute pour le faire » (P. Viéroudy p. 244).

Il conçoit un spectrographe spécial qui montre que la lumière observée n’est pas une hallucination puisque elle peut être décomposée : il ne s’agit pas d’engins structurés mais plutôt des matérialisations « bioplasmiques » présentant des points communs avec les matérialisations médiumniques.

Après une tentative non totalement concluante de « déclencher une vague d’ovnis », P. Viéroudy va jusqu’à proposer une méthode expérimentale scientifique afin d’établir une induction de la réalité ovni à partir du champ psi individuel et collectif : « un processus d’auto-manipulation de la collectivité humaine par elle-même (le groupe devient l’agent et le témoin le percipient). Un système de contrôle « à la Vallée » mais sans intervention d’une intelligence extérieure. Ce serait, à l’œuvre, une loi fondamentale de la nature (l’évolution) annonçant l’avènement du Surhomme.

En vérité, les résultats du groupe Viéroudy seront jugés peu convaincants et aucunement garants d’une expérimentation scientifique où l’enquêteur ovni pouvait s’affranchir du témoin pour son étude. Une « suite » devait venir « qui produirait l’effet d’une bombe » ; ce ne fut pas le cas. Ayant initié un mouvement de pointe dit « dimension inconscient collectif », P. Viéroudy avait bousculé l’ufologie et les ufologues mais abandonna toute recherche en ce domaine. Ses derniers écrits datent de 1979.

Ses disciples regroupés sous le nom d’une structure de recherche baptisée « psycho-ufologie » annonçait en 1978 des lendemains pleins de promesses qui ne vinrent pas. S’exprimant en 1999, le chef de file, Jean Jacques Jaillat, s’interrogeait : « Quid des matérialisations d’ovnis ? » et laissait la question sans réponse. Certes, « les symboles universels parcourent les observations ovnis comme ils parcourent les rêves » mais cela ne touche en rien l’accroche physique de l’objet lui-même mais l’habillage socio-psychologique que le donne le témoin.







Le cas Schwarz/Lansing

C’est aussi dans les années 1970 qu’une Américaine prétendit ni plus ni moins faire apparaître à volonté des ovnis dans le ciel du Massachusetts : la preuve, elle les filmait !

Stella Lansing à l'époque
Il s’agissait de Stella Lansing, 50 ans environ, une ménagère de Palmer, employée dans une bijouterie, multi observatrice d’ovnis depuis 1961 et qualifiée de « contactée » du fait qu’elle disait recevoir des communications télépathiques liées aux ovnis.


Dr B. Schwarz (1924-2010).

Le docteur Berthold Eric Schwarz, connu pour ses interrogatoires « psychiatriques » de contactés, présenté à Stella par l’APRO, association ufologique américaine de l’époque, vint l’interviewer depuis le New Jersey, plusieurs fois. Et bien qu’il l’ait diagnostiquée comme paranoïde schizophrène sujette à des symptômes d’hallucination visuelle… et ayant même préconisé son hospitalisation, il l’a trouva honnête, l’écouta et la crut d’autant que Mrs Lansing lui fit rencontrer des ovnis.

Il raconte pour le 12 février 1971 (g) : « A 4 heures du matin, je me rendis avec elle jusqu’à son site ovni favori, au sommet d’une colline exempte de lignes haute tension. Juste au moment où l’aube poignait, nous vîmes une lumière jaune orange arrondie, brillante, pulsante, glissant silencieusement, qui grossissait et se rétractant, s’éteignait et se rallumait. » Schwarz, cette fois-là, enregistrait le son au magnétoscope car certaines lumières faisaient entendre une sorte de bourdonnement.

Lors d’une seconde visite, le 15 avril 1971, à 22 h 45, rendus en automobile dans une région rurale isolée, « le champ bordant la route où ils s’étaient arrêtés fut illuminé par ce qui apparut soudain comme un, puis deux disques orange jaune clair qui pulsaient, changeaient de taille et de couleur et se confondaient en un seul pour ensuite se re-séparer en deux, tout cela en silence et à différentes vitesse. » A cette occasion, la caméra Sony du docteur tomba malencontreusement en panne.

« Vaisseau » avec dôme tel qu’obtenu à partir de la formation ovni dite « en horloge » sensée figurer un nombre de 8 à 11 soucoupes volantes discoïdales arrangées comme les heures sur le cadran d’un réveil : voilà le plus caractéristique.
Stella possédait une centaine de cassettes de films montrant ces ovnis gros comme des ballons de basket en évolution mais aussi des personnages ne ressemblant en rien à son entourage. Certaines anomalies furent même remarquées telles que l’ovni n’apparaît pas sur toutes les images du film (super 8 mm) comme s’il s’était brusquement dématérialisé. Certains ovnis venaient aussi s’immobiliser comme à la parade formant un motif dit « en horloge ». Selon le docteur Schwarz, Stella n’usait d’aucun « gadget ».

Elle constatait : « Ces choses arrivent et je ne sais pas pourquoi. »

Le Dr Schwarz qui avait repris de l’activité dans le cadre de la vague contemporaine de pseudo enlèvements (abductions) où il prônait un aspect psi ce qui est un euphémisme, interrogé en 2009 depuis la Floride où il résidait évoquait librement la période où il s’était intéressé à S. Lansing, évoquant même « quelques-uns des meilleurs exemples qui ne peuvent être rapportés car trop personnels ».

Malheureusement les photos (5) obtenues à partir de ces deux cas d’école HP et présentées ici n’éliminent pas les possibilités de confusion : « présence d’avions » pour Viéroudy et lignes électriques à haute tension, en Nouvelle Angleterre, là où Mrs Lansing prit ses meilleurs films ; de la sorte, ces documents ne sauraient renforcer la faible théorie HP.

Conclusion

Bref, cette alternative « paraufologique », ramenant le phénomène ovni à nous-mêmes et non à quelque cause « exobiologiste », « extrasolaire », est-elle apte à fournir un expédient aux interrogations qui sont soulevées par 50 ans d’ufologie classique stérile (y compris par les commissions d’enquêtes (type Blue Book, GE(I)PAN, etc.).

Sincèrement, j’en doute, ce qui n’est pas une raison pour éluder la question légitime : les ovnis sont-ils extraterrestres ou bien parapsychiques ?

Si les ovnis sont parapsychologiques, il faudrait élargir grandement le champ de cette discipline pour les y englober, ce à quoi on ne semble guère inclinés à l’heure actuelle.

Le phénomène des matérialisations médiumniques a été quasiment exclus du champ d’étude de la parapsychologie condamné à trouver refuge dans les cercles spirites.

Donc, parapsychologiques, les ovnis ? Non !

Alors paranormaux au sens jungien et consorts ? A l’aune du nombre d’ovnis observés actuellement dans les divers pays du monde, l’état de stress impactant directement l’inconscient collectif aurait donc considérablement diminué depuis les années 1960-70 alors que la planète fait face, nous dit-on, à une crise mondiale sans précédent.

Ni le système de contrôle de J. Vallée, ni le « superspectre » de J. Keel, n’ont, à ma connaissance été inclus au programme de la parapsychologie, à fortiori de la physique pour laquelle le second est plutôt une aberration alors que la versatilité du témoignage humain, lui, a fait l’objet d’études poussées, ce qui montre la supériorité du maître (Jung) vis-à-vis de ses deux plus illustres disciples (Vallée et Keel).

Quarante ans après, l’HP n’est rien d’autre qu’un sujet de déception, au même titre d’ailleurs que l’HET mais pas pour les mêmes raisons…

Notes :

Kenneth Arnold (1915-1984).
(1) L’Américain K. Arnold est considéré comme le premier observateur d’une soucoupe volante ou du moins d’un phénomène aérien ressemblant à cet élément de vaisselle, en juin 1947. En fait, le terme ne vient pas de lui mais d’un journaliste qui l’utilisa à propos de ce qu’il avait décrit ; d’autres témoins d’ovnis antérieurement avaient parlé de formes discoïdales.

(2) Jung, dans son livre, ne s’attache que très secondairement au problème posé par la « réalité externe » des ovnis ; celle-ci n’est vue que comme le support du phénomène psychologique apposé sur lui, le « fruit de la fonction imaginante inconsciente », objet de son étude : la psychologie moderne des profondeurs.

La question de savoir si Jung croyait aux ovnis est sujette à controverse car il semble avoir changé plusieurs fois d’avis depuis 1944 où il commença à s’y intéresser. Tantôt les disant « réels », tantôt les situant « hors de la matière avec quelque chose d’inconnu derrière », il contesta un de ses textes traduit en anglais pour la Flying Saucer Review qui le donnait comme ouvert à l’HET. Dans son livre, il écrivait : « L’opinion selon laquelle il pourrait s’agir d’un quelque chose de psychique qui serait équipé de certaines qualités physiques semble encore plus improbable ; car d’où viendrait une telle chose ? » (Jung, p. 255).
A noter que sur les quatre fois où, dans son livre, Jung use de l’adjectif parapsychologique, il ne l’applique aux soucoupes volantes que pour souligner une analogie entre leur comportement « sans pesanteur » et les expériences de lévitations humaines. « Tous les objets de notre expérience sont soumis à la gravitation, à une seule exception près, celle de la psyché » (Jung, p. 114). Bizarrement l’hypothèse parapsychologique pour les ovnis trouve ses fondements dans un livre dont l’auteur n’était pas un défenseur de cette thèse.

(3) On voit que l’idée d’attribuer la notion d’ « élusivité » au phénomène ovni, largement claironné par ses disciples parfois peu instruits en la matière, a été largement « antériorisé » par Jung d’au moins 20 ans.

(4) La théorie de la « projection psychique » avancée en 1975 par Clark et Coleman, qui incorpore en partie de l’hypothèse socio-psychologique, trouve-t-elle un terrain plus propice pour apporter une solution à l’énigme des enlèvements ? Certains le pensent. Pas moi.

(5) Le rapprochement de ces photos avec les fameuses expériences de « penséographies » du médium américain Ted Serios (1919-2006), avec J. Eisenbud (1908-1999) comme investigateur, ne milite plus aujourd’hui en leur faveur ; depuis qu’on sait que Serios usait probablement d’artifices pour réaliser ses impressions de pellicules Polaroid !

* HET, explication de l’origine des ovnis encore admise de façon dominante aujourd’hui par la majorité du public sauf par certains « intellectuels » de la problématique ovni qui n’ont de cesse de la contester.

Références :

(a) Granger, Michel, La paraufologie ou la mort des petits hommes verts, La Revue des Soucoupes volantes n°4, mars 1978.

 (b) Maugé, C., Le phénomène OVNI : un bref état de la question, in OVNI ; vers une Anthropologie d’un Mythe Contemporain, ouvrage collectif dirigé par T. Pinvidic, Editions Heimdal, 1993.



(c) Jung, C. G., (traduction de l’allemand d’un texte datant de 1958). Un Mythe Moderne, Des « Signes dans le Ciel », Paris, Idées, Gallimard, 1961.








(d) Vallée Jacques, Le Collège Invisible, Paris, Editions Albin Michel, 1975.


(e) Fouéré René, Phénomènes Spatiaux, Editorial, n°44, juin 1975.





(f) Keel, John, Why UFOs ? Operation Trojan Horse, New York, G. P. Putnam’s Sons, Manor Books, 1970.






(g) Clark, Jerome & Coleman, Loren The Unidentified : Notes towards solving the UFO Mystery, New York, Warner Paperback Library Edition, 1975.

(h) Viéroudy, Pierre, Ces OVNI qui annoncent le surhomme, TCHOU, Paris, 1977.











(g) Schwarz, Berthold E., UFO Dynamics, Psychiatric Aspects of the UFO Syndrome, Moore Haven, Floride, Rainbow Books, 1988.


Ce texte fut préparé pour être soumis au comité de lecture du Bulletin Métapsychique (organe de diffusion de L’Institut Métapsychique International) qui avait accepté d’envisager un article sur la « paraufologie » dans son numéro 7 de novembre 2010. Mais il se révéla trop long pour la place qui lui était impartie et je dus le réduire de plus d’un tiers avant qu’il soit publié dans une version courte.