mardi 30 mai 2017

Des ovnis fossiles ?





Où comment la quête du chercheur fortéen peut parfois aboutir à une impasse.

Ma revue scientifique préférée n'est pas française mais britannique. Il s'agit de l'hebdomadaire New Scientist. Sa présentation et surtout la largesse d'esprit de son équipe rédactionnelle en font une mine inépuisable d'informations d'avant-garde et de textes de vulgarisation remarquables, bien supérieurs à tout ce qu'on peut trouver hélas dans notre langue.

Des « ovnis » fossilisés ?

Aussi, lorsqu'en juillet 1989, j'ai lu en page 43 du numéro 1671 de la revue anglaise que « des ovnis fossiles mystifiaient les géologues » (textuellement : Science : Fossil « ufos » mystify the geologists), j'ai senti mon pouls s'accélérer comme celui du chercheur d'or qui découvre une pépite accrochée sous la semelle de ses souliers. L'idée de soucoupes volantes, dont on s'accorde à penser qu'elles ne datent pas d'aujourd'hui - ni même d'hier- et qu'elles peuvent s'être écrasées sur Terre dans les temps immémoriaux aussi bien qu'à l'époque moderne, m'effleura un instant mais, poursuivant ma lecture, j'appris que par « ovni », on entendait plutôt « objet vestigial non identifié », l'ambigüité provenant qu'en anglais volant (flying) commence par la même lettre que fossile (fossil).


Ou artefacts de lilliputiens ?
C'est en Californie, à Yreka, dans la montagne dite Antelope, que venaient d'être dénichées des petites concrétions en forme de disque de 2 à 7 cm de diamètre et 2 à 4 mm d'épaisseur, coincées entre les plaques de schistes formées au fond de l'océan à l'époque de l'Ordovicien, c'est à dire il y a 400 à 600 millions d'années. Même si la géologue responsable de cette trouvaille, Mrs Nancy Lindsley-Griffin, de l'Université du Nebraska, n'était pas dupe de l'équivoque qu'elle allait provoquer en baptisant ces choses des « ovnis » - ne soulignait-elle pas textuellement que « ce n'étaient certainement pas des vaisseaux spatiaux », montrant, par là, une certaine propension à donner du mystère à sa mise au jour - l'affaire m'intéressait encore. N'y avait-il pas, en effet, une possibilité que ce soit des pièces de monnaies d'une civilisation antérieure à la nôtre? Ou bien des artefacts d'un peuple oublié rappelant Lilliput ? Par exemple, avions-nous affaire à des modèles réduits de ces fameux objets discoïdes découverts dans des grottes en Chine et en URSS et qui, bien que vieux de plusieurs millions d'années, ont été conjecturés comme pouvant être des disques de gramophone d'une civilisation disparue? Etaient-ce là des mini disques dont nous pourrions un jour faire ressortir une histoire inconnue des Hommes, fussent-ils des « gnomoïdes »? Ma curiosité éveillée demandait à être étanchée.

Remonter à la source
Aussi n'hésitai-je pas une seconde et, dès le 8 juillet, j'écrivais à Mrs Lindsley-Griffin à Lincoln. Et puis le temps passa. La patience, j'ai l'habitude de la pratiquer, croyez-moi ! Je savais d'expérience que j'avais plus de chance d'être entendu depuis le Nebraska que de susciter des réactions de lecteurs bourguignons dans ce journal. Et, en effet, en février dernier, une réponse tardive me parvint. Mrs Lindsley-Griffin tout d'abord s'excusait pour le retard arguant d'avoir mélangé ma lettre avec d'autres auxquelles elle avait déjà répondu (les subterfuges polis pour dire qu'on a été débordé n'ont pas de frontière). Ensuite, elle poursuivait: « Les impressions ne sont pas des artefacts. Ressemblant à de petites roues de bicyclette avec un moyeu central, un pourtour circulaire et la plupart des rayons manquants (sic), ce sont des fossiles d'animaux au corps mous similaires aux méduses modernes, connus sous le nom de Chondrophorines... »

 
J'en fus littéralement « médusé » !


Ce texte fut publié le 11 novembre 1990 dans Dimanche Saône et Loire.



dimanche 5 mars 2017

Extra-terrestres en exil !
Ou les mystères du paranormal humain

Comme je l’ai déjà dit, ce fut M. Gallet, directeur littéraire chez Albin Michel, qui suggéra, au-delà de toutes mes espérances, que les pages non retenues du trop long manuscrit intitulé : « Terriens ou Extra-terrestres ? » puissent servir à un autre livre. Dans une lettre datée du 7 février 1973, il m’écrivait : « Je pense que la partie supprimée pourrait très bien faire l’objet d’un autre ouvrage tel que vous le décrivez. Et je suis tout prêt à en examiner la possibilité de parution dans la même collection ».

Vous pensez que la suggestion n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd…

Aussi, avant même la parution de « Terriens ou Extra-terrestres » qui se fit en septembre 1973, je m’attelai à ce travail qui dura de février 1973 à décembre 1973.

L’année précédente avait été pour moi la période la plus douloureuse et déprimante de ma vie. Rentré du Canada en février 1972, y ayant effectué depuis 1967 ma thèse de doctorat et un stage postdoctoral qui fit office, militairement parlant, de coopération technique, nous débarquâmes à trois (mon épouse, mon fils âgé d’à peine 6 ans et moi) chez mes parents retraités. Je devais me mettre à chercher du travail, n’ayant fait aucune démarche depuis Montréal.

Montréal où j’avais laissé pas mal de moi-même m’étant si facilement fondu dans ce nouveau monde avec mon accent du Morvan qui me faisait passer pour un vieux québecquois. Longtemps, j’avais caressé le projet de nous y installer définitivement, comme plusieurs de mes confrères le firent notamment en devenant professeur de CEGEP, c'est-à-dire de collèges d’enseignement général et professionnel.

Et puis, cela ne se fit pas. Ma femme, Simone, ne se plaisait pas là-bas (plus, peut-être que je l’imaginais) et aspirait à revenir en France où nous avions toute notre famille. Les premiers jours de notre retour, je me souviens de crises de cafard qui me prenaient… Mais était-ce un pressentiment que le ciel allait bientôt me tomber sur la tête ?

Vers la mi-février, Simone, alors âgée de 29 ans à peine, tomba malade… Le 5 mars 1972, elle décédait à l’hôpital Edouard Herriot à Lyon où elle avait été transportée d’urgence pour un traitement de la dernière chance. Il échoua.

Il s’ensuivit pour moi plusieurs mois de désarroi. L’année 1972 s’écoula comme un cauchemar d’autant que le fait d’avoir « travaillé » à Montréal ne me permettait pas de bénéficier de la moindre aide sociale en France : chômage, allocation, aide… Mes seules ressources sur un an furent le remboursement des frais ultimes d’hospitalisation de mon épouse. Nous n’avions pas droit à la sécurité sociale !

Un an de galère marqué par mes visites journalières au cimetière, l’entrée à l’école primaire de mon fils (là où moi-même j’étais allé entre 1948 et 1951), la parution de l’« Alchimie » en mai 1972, l’envie de tout abandonner…, la recherche difficile d’un emploi (seulement deux entrevues dont la seconde fut la bonne !). Vous pensez si la suggestion de M. Gallet fut la bienvenue. Et l’embauche en mars 1973 comme chercheur au centre de recherches cryogéniques de la plus grande société française productrice de gaz liquéfiés où je fis toute ma carrière vint comme une délivrance. Avec déménagement illico de la Bourgogne en région Rhône-Alpes, comme on disait à cette époque.

La révision et l’« étoffage » de ce qui devait devenir « Extra-terrestres en exil » se fit donc à Fontaine, dans l’Isère, en meublé, à travers les documents qui commençaient à me parvenir de partout dans le monde et des stations à la bibliothèque du CEA à Grenoble où je soustrayaient quelques minutes de mes déplacements professionnels pour inventorier la littérature moins orthodoxe que celle de l’oxygène envisagé comme remplaçant avantageux de l’air pour les réactions chimiques (j’avais été embauché pour ça).

Dans ce livre qui devait se voir dans la continuation de « Terriens ou Extra-terrestres », je reprenais l’idée d’une filiation des filles des hommes autochtones (homo à peine sapiens) avec les « fils des dieux », des extra-terrestres en l’occurrence ou plus précisément des créatures manipulées plus ou moins génétiquement par les « dieux » et libérés plus ou moins volontairement dans la nature terrienne et « qui y firent souche ».

Nous aurions tous hérité de ce « croisement interracial » voire interespèce, certaines capacités extraordinaires physiques et psychiques dont celles qui se manifestent dans le paranormal et la médiumnité.

Voilà comment je commençais l’introduction de mon livre :



Si Dieu est devenu homme,
l’homme est devenu Dieu.

Saint Cyrille d’Alexandrie.



Terriens ou extra-terrestres ?
La brève citation mise en exergue en haut de cette page pourrait passer pour anodine. Pourtant, elle n’en infirme pas moins l’opinion largement partagée selon laquelle, l’homme, gravissant laborieusement les échelons de son évolution, tendrait vers un avenir encore incertain où il s’égalerait à Dieu. Incertain, pour ne pas dire problématique si l’on s’en réfère aux dires de Jules Carles (1) qui voit « dans les deux milliards d’années qu’il a fallu pour parcourir le chemin qui va du premier vivant jusqu’à l’homme, plutôt qu’un record de vitesse (...) un record de lenteur ».

La phrase du patriarche d’Alexandrie laisse entendre de préférence que la créature humaine, par le passé, a déjà réalisé sa propre « divinisation » par une voie qu’il reste à préciser. Le thème qui a fait la matière de notre ouvrage précédent fournit une solution à cette ambiguïté qu’il serait facile d’étoffer par d’autres exemples.

Aussi, à l’intention des lecteurs non familiers avec nos idées, il nous paraît opportun, ici tout au début de ce nouveau livre, d’en faire un bref résumé, surtout que ces arguments sont indispensables à la compréhension du texte qui va suivre.

Les mythologies du monde entier se font l’écho des plaisirs charnels auxquels s’adonnèrent sans vergogne une poignée de créatures équivoques en compagnie de terriennes aborigènes. La Bible en particulier, qui fut pendant longtemps le récit mythologique par excellence, et que l’époque moderne ravale à un pastiche mal construit et trompeur, parle de l’union des fils de Dieu avec les filles des hommes. Pour peu que l’on veuille bien abandonner ses préjugés avant de s’en rapporter à ce passage de la Genèse (VI, verset 4), il semble qu’en terminologie moderne ces lignes relatent une « hybridation », c’est-à-dire un croisement entre individus de races ou d’espèces différentes.

Sans conteste, un tel croisement se heurte à un rempart de difficultés lesquelles ont été examinées avec soin, et par le biais des plus récentes découvertes en matière de biologie cellulaire, gynécologie et embryologie, il a été vu que cette interprétation des Saintes Ecritures, bien qu’elle soit quelque peu futuriste, entre même dans une conception assez peu subversive et à tout le moins raisonnable.

Quelle était cette race différente, non originaire de la Terre, dont l’accouplement aux femelles humaines se révéla fécond et donna naissance à des êtres « fameux entre tous » ? Sont-ce quelques-unes de ces créatures innombrables, peuplant les espaces stellaires, supérieures à l’homme dans le même rapport que celui qui le sépare des animaux terrestres, dont le moine italien Giordano Bruno affirma l’existence avant de se voir mené au bûcher pour la peine ? Il paraît inconcevable qu’il en ait été ainsi, même si les probabilités ne s’y opposent point.

Donc, nous avons été amenés à plutôt conjecturer une étape d’acclimatement plus ou moins dirigée afin que l’hybridation désirée soit rendue possible. A cet effet, l’intervention divine dépouillée de son caractère fictif de créature extraterrestre, bien au goût du jour, mais tout de même trop aléatoire, a revêtu l’habit de Principe de finalité mieux dans les normes philosophiques. Est donc né de ce vaste programme un petit groupe d’êtres mi-hommes, mi-dieux, dont la dispersion du patrimoine chromosomique a conféré à la descendance, qui en a découlé, cette « nouvelle nature » telle que l’entend Paul Misraki.

Or, la clé de voûte de notre thèse consiste en la recherche parmi la population contemporaine de résurgences de cette nouvelle nature au sein de l’ancienne. Les lois génétiques y autorisent ou plus exactement nous y obligent. Qu’un gène étranger ou mutant ait fait l’objet d’une transmission sexuelle en quelque point que ce soit de l’histoire de l’humanité, l’espèce actuelle qui en a bénéficié doit immanquablement en subir encore les effets. C’est-à-dire qu’une portion non négligeable de la population d’aujourd’hui peut se prévaloir de garder, dans les formes spiralées de son acide désoxyribonucléique, les traces du passage de l’entité, dont la dernière visite sur la Terre remonte à environ 20 000 ans (2).

L’être humain cessant de cette façon peu catholique d’appartenir à une race pure se verrait encore de nos jours le sujet d’un dualisme tant discuté dont le manichéisme ne serait qu’une des facettes.

Il est remarquable de noter que ce point de vue très personnel s’accorde parfaitement avec certaines vues bibliques lesquelles veulent reconnaître dans les hommes, des « étrangers », des « voyageurs sur la Terre », des exilés en quelque sorte, tant que la route des étoiles nous demeure fermée.

Subdivisant notre première enquête en deux sections, l’une se rapportant aux énigmes physiologiques qui donneraient à penser que certaines qualités non indispensables à notre quintessence terrestre nous ont été inculquées puis oblitérées par le temps, l’autre s’attachant à montrer cet aspect déconcertant de l’être humain en tant que créature pensante, donc impossible a priori comme l’a si bien justement démontré le Recteur de Dijon, Emile Boirac, puisque ressortissant à la seule force « contragissante » de notre planète, il nous a été dérisoirement facile d’apporter les preuves que nous sommes le siège de facultés et d’aptitudes « non naturelles ». Et de remonter la filiation héréditaire des générations passées jusqu’en ce point de convergence biblique où l’homme a abandonné, une fois pour toute, son statut d’animal évolué pour celui de « dieu dégénéré », et cela à cause de la légèreté légendaire de ses filles.

Mais nous avons volontairement omis de parler de ces mystères paranormaux, dont l’occultisme tira parti si longtemps pour instituer son règne de chimères, que la métapsychique tenta de sortir des brumes de la superstition et que dernièrement la parapsychologie a décidé d’authentifier et d’ériger en règles méthodologiques. Ce présent ouvrage sera consacré à une compilation, objective autant que possible des phénomènes humains non reconnus par la science officielle. Ce serait bien le diable qu’il n’en résulte pas quelques bribes de vérité ! Et les énigmes abordées auront un caractère si déconcertant qu’un exercice d’ouverture d’esprit consistera à vouloir en faire la synthèse dans un individu unique que l’on assimilera au portrait reconstitué de l’un des énigmatiques fils de Dieu. Qui sait si cet « agrégat » d’étrangetés humaines n’est pas l’équivalent de ces « supercyborgs » qu’on s’apprête à lancer dans le cosmos et que, peut-être un jour, une civilisation primitive extra-terrestre vénérera en qualité de dieu venu du Ciel ?

Déjà la médecine moderne se dirige vers un temps où les nouveau-nés seront débarrassés à la naissance d’attributs non indispensables à leur vie en ce monde « pasteurisé » du XXIème siècle en gestation. C’est ainsi que le Dr R. V. Tait, dentiste londonien, préconise une réduction systématique du nombre des dents, de 32 à 24 et même à 20, et ceci par une série d’extractions durant l’enfance. De cette manière, les dents restant en nombre bien suffisant pour l’usage que l’on en fait aujourd’hui, pourraient être mieux préservées de la carie. Cet exemple pour faire comprendre que la créature humaine, telle que l’on a bien voulu la voir jusqu’à ces jours, ne pourra pas s’adapter assez vite naturellement aux conditions qui vont prévaloir prochainement. Si l’individu n’agit pas directement sur sa propre évolution, il risque de s’établir, à plus ou moins brève échéance, un déphasage très marqué entre deux natures, dont il n’est pas impossible qu’elles n’aient pas été concertées. Quels caractères prendront le dessus ? Notre côté purement terrestre aura du mal à s’imposer sur une planète profondément marquée par l’empreinte des visiteurs du cosmos qui, eux aussi certainement par anthropomorphisme, ont voulu en faire une copie relativement conforme à leur patrie. Attendent-ils cet instant pour reprendre contact et les U.F.O. ne sont-ils pas que des sondes destinées à voir où l’on en est de notre adaptation aux possibilités nouvelles conférées à notre organisme ?

Contrairement à Bergier et Pauwels, nous sommes certains que le but de la Science n’est pas de prouver qu’il n’y a pas de Bon Dieu. Tout au contraire, elle doit nous permettre de « réeffectuer » une nouvelle jonction avec celui qui nous a fait confiance pour propager un jour ce dogme mystérieux mais réel de la Vie Pensante. Si de prime abord, il peut sembler rationnel de s’en remettre à ce propos d’un initié cathare qui voit dans la « faune » terrestre où toute bonté semble exclue, un argument flagrant de la non-intervention de Dieu dans le système solaire, ce point de vue est trompeur car il n’est pas exclu que l’« éternel héritage des fées » soit complètement dépourvu de la notion de bonté, laquelle n’aurait rien à voir avec la Raison si ce n’est l’illusion d’une règle qui se joue au niveau de l’Univers et non pas à l’échelle du microcosme individuel.

Mais ceci nous écarte de l’objet de notre recherche, à savoir trouver en l’homme la démonstration de sa nature hybride car, à l’opposé de Jacques Monod, il nous plaît de croire que nous ne sommes pas seuls dans l’univers. Encore faut-il ne pas fermer son esprit à tous les indices qui le laissent supposer…

(1) Jules Carles (1902-2000), directeur de recherche honoraire au CNRS, professeur de biologie à l'Institut catholique de Toulouse, auteur du livre : Le premier Homme (1970).
(2) Cette date, optimiste, pourrait être aujourd’hui largement remontée dans le temps pour s’accorder avec la nouvelle chronologie en vigueur de l’accession de l’homme à une certaine intelligence sur cette Terre.

Et je terminais ce livre par cette conclusion romancée en guise de clin d’œil de paléo-fiction.


Conclusion
Portrait robot d’un de ces « Mutants qui s’Unirent aux Terriens il y a 9 000 Ans ».

« Le Mutant dispose d’un pouvoir que l’homme
 ordinaire n’exploite guère : de l’intelligence. »

Louis Pauwels et Jacques Bergier,
Le Matin des Magiciens.


Muta était beau, cela il le savait. Aussi n’avait-il eu aucune peine à satisfaire ses mauvais instincts, une fois échappé d’Eden. Un sourire pervers étirait ses lèvres bien ourlées quand il évoquait ce jour béni. Certes, les menaces du Maître lui restaient en mémoire, mais il le mettait au défi de les concrétiser. Et encore l’eût-il tenté, la belle affaire ! Il savait pertinemment qu’un jour il devrait payer ses dettes. Oh ! pas lui, plutôt ses descendants. Il savait tant de choses sans jamais les avoir apprises. Et il sentait qu’il y avait des trésors de connaissances enfouis dans sa tête. Enfin, il avait goûté à la Liberté, n’était-ce pas là un privilège bien supérieur à la protection divine ? Avoir respiré cet air si vivifiant à ses poumons, avoir erré sans but, sans contraintes, avoir écouté le léger gazouillis d’une eau qui sourd et en avoir savouré le nectar. Non, le jeu en avait valu la chandelle ! Puisse-t-il durer encore longtemps !

Pour s’imposer, tout avait été d’une simplicité dérisoire, quelques actes de violence et son port noble et fort avait fait le reste. Les habitantes de cette contrée verdoyante étaient tombées en pâmoison quand il avait laissé courir sur elles, du haut de sa grande stature, le velours de son regard bleu. Et il n’avait eu qu’à tendre la main pour cueillir ces fruits de la chair. Quant aux hommes, leur stupidité confinait à l’abêtissement ! Comment une poignée de primitifs de cette mouture pouvait avoir hérité d’une planète si enchanteresse ? C’était à n’y rien comprendre ! Et Muta, lui, n’aimait pas se formuler des problèmes dont il n’entrevoyait pas la solution immédiate. Une chose était sûre, il saurait profiter de sa supériorité pour couler des jours heureux. Pensez que ces ignares, aux idées aussi courtes que leur corps, aux cerveaux si vides, faisaient des gorges chaudes quand il leur avait dit qu’il venait du Ciel. En cela Muta arrangeait quelque peu la vérité, car il avait été créé avec la matière première aborigène. Seule l’étincelle qui dansait au fond de ses yeux intelligents venait d’ailleurs. Mais il n’allait pas condescendre à leur expliquer. Leur conception du ciel était si primaire que tout effort de ce côté était voué à un échec certain. Muta avait horreur de l’effort ! Pourvu qu’ils continuent à le choyer, à le vénérer, à le craindre et à garnir sa couche des femelles les plus rebondies de la tribu...

Parfois, Muta détectait quelques bribes de sentiments désagréables dans ces gros crânes hirsutes, pleins de vent. Et cela l’irritait ! Comment des créatures si inférieures pouvaient-elles nourrir à son égard quelque pensée de haine, de jalousie, de rancune ? Ne leur avait-il pas fourni l’occasion de diriger leurs prières vers quelqu’un de valable au lieu d’adorer des chimères de pierre ? Oh, il n’avait aucune velléité de conquête, d’ailleurs à quoi bon, du moment que tout lui était acquis d’emblée. Il avait adopté cette humeur de pacifiste à l’instant même où il avait eu la certitude que ces humanoïdes restaient dans l’ignorance complète de ses pensées et qu’il en était de même entre eux. Alors, il avait eu pitié de ces pauvres êtres si isolés psychiquement. Comme cela devait être dur de vivre ainsi enfermé dans la petite cage de son intellect et de rester insensible à tout le souffle de la nature en pulsation.

Muta fronça les sourcils. Instinctivement, il percevait qu’on fomentait un mauvais coup à son endroit. Plusieurs esprits dirigeaient leurs ondes présentement dans sa direction et enfin il put synchroniser leurs paroles. C’était le chef de la troupe, avant qu’il n’ait paru, qui mijotait des tendances à la reprise du pouvoir par la force brutale. Et Muta se voyait tel qu’ils le souhaitaient : cloué au sol par trois épieux traversant sa vaste poitrine. Pauvres idiots !

Il se concentra brièvement et entendit les cris de terreur qui sortaient de la petite grotte où s’étaient réunis les conspirateurs. Ils en jaillissaient et fuyaient à toutes jambes, certains arborant des bosses dans leurs cheveux, d’autres emportant dans leurs oreilles les sons et les voix qu’il avait fait surgir des murailles de terre. C’était tellement plus simple que de se déplacer pour aller les châtier ! Et puis il ne risquait pas d’attraper une blessure, gênante non pas pour la douleur qu’elle éveillerait et qu’il saurait dompter, mais qui pourrait abréger ses jours en ce monde de paradis. Car il savait que la mort n’est pas inéluctable mais il lui déplaisait souverainement d’envisager une réincarnation, équivalant à de nombreuses années passées dans un corps infantile sans intérêt. Inconsciemment s’imposait à lui la certitude qu’il pourrait vivre ici des siècles de révolution de la planète...

Muta décida brusquement d’aller faire un tour. Son long corps élégant d’athlète bien entraîné se souleva de terre et, bientôt, il frôla la cime des grands chênes. Le vent faisait onduler ses cheveux blonds et bouclés. Comment le Maître avait-il pu croire qu’ils resteraient docilement dans ce camp recouvert où ils devaient se morfondre sans même jouir de toutes les possibilités dont il les avait dotés. D’ailleurs la vie y était intenable ; des conditions d’asepsie strictes y étaient maintenues à telle enseigne qu’on se croyait en serre. Un enfer en quelque sorte ! Il n’était pas concevable d’y celer une pensée et cela occasionnait d’incessantes disputes. Tandis que maintenant dispersés, chacun entretenant sa passion du moment, ils ne songeaient même plus à s’importuner.

Muta déposa son corps en une clairière ensoleillée. Il cueillit quelques baies et s’allongea mollement. Tout à coup, une grosse chose apparut. Muta reçut une bouffée de violence en même temps que des dents acérées s’approchaient de son cou. Le tout s’effectua très vite ; il y eut un galop de bête effrayée. Muta sourit. Rien en ce monde n’avait les moyens naturels de rivaliser avec lui. Le fossé était réellement très profond.

Sans qu’il quittât sa position allongée, une main s’extériorisa au loin, mue par la pensée. Elle choisit avec discernement les fruits les plus mûrs, les apporta près de Muta et se dilua dans l’atmosphère. Tout était d’une déroutante facilité, portant même à l’ennui. Heureusement, il y avait de belles compensations ! Finalement, il s’endormit et, grâce au merveilleux mécanisme du rêve, il fut projeté dans un autre univers impondérable, encore plus doux. Mais ce monde ne serait-il pas le sien demain ? Dans ce cas... Soudain une flamme gigantesque monta jusqu’aux cieux et l’environna de toutes parts. Elle lui léchait les jarrets sans le brûler au sens humain du terme, mais son souffle ardent asséchait sa gorge et noyait son esprit d’une fumée dense et âcre. Et, simultanément, montait une vague incantatoire où se mêlaient des cris et des lamentations. Puis la vision s’estompa graduellement. Muta changea de position. Un silence lourd pesait en son âme. Un sentiment complètement inconnu de lui s’installait dans ses fibres comme un serpent se coule dans une fissure : c’était la peur... la peur de l’exil !

6 janvier 1974







lundi 6 février 2017

Les mystérieux hommes en noir (HEN)


Persécuteurs de témoins d’ovnis, suborneurs d’enquêteurs, intimidateurs fantômes, ils font partie intégrante du folklore ufologique.

Ils en constituent une facette obscure, inquiétante, souvent absurde, toujours renouvelée.

Avant de nous poser les sempiternelles questions : Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Qui les commandite ?, tentons tout d’abord de remonter aux sources du mythe, au moins dans sa version moderne digne des films hollywoodiens de série B des années 1950.

Historique et racines de la légende

L’épisode de l’île Maury.
C’est le 21 juillet 1947 qu’un certain Dahl, à bord du patrouilleur du port de Tacoma, dans le détroit de Puget, observe en l’air, au-dessus de l’eau, à une hauteur évaluée à 600 m, six machines volantes, ressemblant à « des chambres à air géantes », munies de hublots, dont cinq tournent lentement autour de la sixième. Cette dernière semble en difficulté. Elle descend bas et une explosion la secoue ; quelque chose tombe en mer: comme du métal fondu qui provoque l’évaporation de l’eau sous forme de vapeur.

Les six chambres à air volantes reprennent alors de l’altitude et s’éloignent rapidement.

Il faut croire que la comparaison « pneumatique » fut moins bien reçue que l’image « soucoupique », immortalisée trois jours plus tard par K. Arnold (voir ci-contre le dessin qu’en firent J. Lob & R. Gigi dans leur « Les apparitions OVNI », Dargaud, 1979). M. Dahl restera, cependant, dans les annales, comme le premier témoin d’objet volant non identifié à s’entendre intimer au silence sur ce qu’il avait vu « par un mystérieux homme en noir qui l’avait contacté », quelque temps après son observation.

Le cas Bender
Mais la légende des hommes en noir (HEN) a réellement commencé en septembre 1953, lorsque Albert K. Bender (1921-2016), fondateur d’un des premiers fan-club en faveur des ovnis (l’International Flying Saucer Bureau), décide, brusquement, de mettre un terme à ses activités ufologiques, pour retourner à ses passions premières : la musique classique et les sciences occultes.

Ce soudain revirement, aussi inexpliqué que regrettable dans la mesure où Bender se disait prêt à dévoiler le secret de l’origine des ovnis, fut annoncé comme consécutif à la visite de « trois hommes en costume sombre », dont les arguments dissuasifs quant à la poursuite de ses investigations incitèrent l’ufologue à « laisser tomber ».

Les « silenceurs »
En clair, suite à cette « rencontre », Bender en aurait perdu le dormir et le manger, terrorisé par les menaces de la troïka ou bien traumatisé par les conséquences de la révélation à lui faite, pour le futur de l’humanité ! Fut-il, de la sorte, réduit au silence ou décida-t-il lui-même de se taire ? Les avis sont partagés sur cette question.

Dans un cas comme dans l’autre, le résultat fut atteint : la vérité sur les ovnis ne fut jamais révélée. Les sinistres HEN faisaient leur entrée dans la mythologie moderne.

Ils sont parmi nous
Et, comme l’énigme des ovnis perdure depuis 50 ans, ce ne peut être, n’est-ce pas, qu’à cause de l’incessante pression de ces sinistres HEN sur tous ceux qui approchent de trop près la solution du mystère ! Pour, de cette façon, maintenir le secret et par-delà les années et les nombreuses observations insolites, ils doivent être omniprésents et omniscients. Aussi sont-ils devenus les principaux « empêcheurs de comprendre », toujours prompts à accourir sur les lieux sous couvert de divers organismes para-officiels et suivant un rituel qui obéit à certaines règles bien établies, même si toujours un détail apporte sa touche d’originalité.

Rencontre-type
La personne appelée à être confrontée aux HEN voit un ovni, par exemple, en fermant les volets de sa maison, à la tombée de la nuit. Elle téléphone le fait à la police et se voit éconduire poliment, comme c’est trop souvent malheureusement le cas. Mais, à peine a-t-elle raccroché qu’elle reçoit un appel d’un soi-disant enquêteur qui lui demande s’il peut venir pour lui parler.

Encore sous le choc de son observation, sans défiance et plutôt troublé, le témoin acquiesce. A peine a-t-il reposé le combiné téléphonique qu’un bruit lui parvient de sa porte d’entrée. Quelqu’un sonne. Un coup d’œil à la fenêtre lui montre une grosse limousine sedan noire stationnée devant le trottoir. Les HEN sont arrivés incroyablement vite et à une époque où le téléphone de voiture n’est pas encore inventé !

Trois individus vêtus de sombre sont introduits; débute alors l’interrogatoire...

A quoi ils ressemblent
Apparus subitement, comme par enchantement, dans l’intimité du témoin - personne n’étant sensé connaître l’expérience ovni ou paranormale récemment vécue par ce dernier - les HEN se révèlent bientôt sous leur jour le plus négatif.

Toujours intervenant par trois - trois hommes, rarement deux plus une femme - leur physique et leur allure ne laissent pas d’intriguer, voire même d’inquiéter, tant ils correspondent à l’archétype même de l’antipathie personnifiée.

Un bizarre accoutrement
Leur tenue, tout d’abord frappante, est voyante autant que ténébreuse ; elle est à la base de leur réputation : veston noir, pantalon noir, chapeau noir profondément enfoncé, souliers noirs à semelles épaisses, « intactes », chaussettes noires, cravate noire... et chemise d’un blanc immaculé parfaitement amidonnée. Leurs vêtements, en effet, sont toujours impeccablement propres et bien repassés mais, très fréquemment, ils sont totalement passés de mode.

Les HEN portent aussi souvent des grosses lunettes de soleil, pas de bagues ni de montres.

Physique ingrat
« Grands, corpulents, longs en torse et bas sur pieds, bruns de peau même en plein hiver, visage de type oriental avec des yeux remontant vers les tempes, ils ont généralement les cheveux en brosse. » Du moins c’est ce qui ressort de ce qu’on peut apercevoir de leur physionomie à travers leur habillement la plupart du temps assez fourni, même quand il fait chaud.

Un teint hâlé, mat, leur a valu un certain nombre de noms d’oiseaux tels gitans, indiens, apaches, faces jaunes, lapons...

Leur âge est estimé dans la fourchette de 30 à 40 ans.

Une variante les décrit comme chauves, sans sourcils, à la skinhead avant l’heure ; mais cela constitue plutôt une exception.

Leurs yeux, encore leurs yeux, ne clignent jamais et luisent comme des ampoules électriques (Bender) ou sont dits « flamboyants ». Leur lobe d’oreilles, parfois pointues vers le haut, a été vu carré (!) et leur bouche sans lèvres rappelle une fente rectangulaire (sic).

Attitude guindée
Leur maintien n’a rien de naturel, c’est le moins que l’on puisse dire. Uniformément peu ou pas souriants, ils sont raides dans leurs mouvements, froids dans leurs échanges, cérémonieux, hiératiques dans leur conduite.

Leur langage mal articulé (on a parlé de télépathie) est suranné, hésitant, en tout cas très inamical et marqué presque toujours d’un accent fortement prononcé. Leur respiration est sifflante, comme s’ils étaient essoufflés. Quand ils marchent, ils claudiquent à la manière de quelqu’un qui possède une jambe plus grande que l’autre ou bien comme si leurs hanches « étaient montées sur pivot ». Parfois, ils chancellent.

Des robots téléguidés ?
Ce comportement peu « biologique » (cas Hopkins) a fait penser que ce sont des robots ou mieux des cyborgs. Certains connaissent des défaillances subites « comme s’ils manquaient momentanément d’énergie ». L’un d’eux aurait même traîné derrière lui, sortant de son long manteau, un fil électrique terminé par une prise !

Ils se déplacent en parfaite synchronisation tous les trois à la manière des « participants à un exercice militaire ». Plus bizarre encore, certains d’entre eux ne laissent aucune trace même dans la boue (sic). Les chats font le gros dos à leur approche, les chiens hurlent à la mort.

Drôles de moyens de transport     
Leur véhicule de prédilection pour se déplacer a fait aussi leur réputation. Ils ont un goût marqué pour les grosses conduites intérieures du type limousine, avec trois places à l’avant ; mais pas des modèles du dernier salon, loin s’en faut ! Plutôt des pièces de collection, parfaitement entretenues et rutilantes, datant d’une époque où la compacité n’existait pas et où ailes et chromes s’offraient beaucoup de volume.

Cadillac, Buick, Dodge, Jaguar sont leurs marques préférées, mais on les a vus aussi débarquer d’une Ford, de Rolls Royce et même de Volkswagen.

Leurs sombres desseins
Une fois mis en présence du témoin, toujours seul faut-il le souligner, leurs intentions ne transparaissent pas dès l’abord. Sans rien lui demander, ils semblent appréhender la personnalité du témoin aussi bien que s’ils le fréquentaient de longue date. A partir de là, on a suggéré qu’ils avaient le pouvoir de lire dans les esprits.

Quant à l’expérience qui motive leur venue, elle est aussi parfaitement connue des HEN, dans ses moindres détails. Au point qu’on a pensé qu’ils en étaient eux-mêmes les instigateurs !

Quand ils communiquent entre eux, ils baragouinent en une langue que rarement le témoin comprend. D’où l’idée que ce sont des étrangers.

- Taisez-vous sur cette affaire et n’en parlez plus ! Telle est en substance la sommation qu’ils colportent.

La « visite » proprement dite
Les voilà donc à pied d’oeuvre, en face du témoin, dans leur bizarre accoutrement de croque-morts élégants mais déphasés, trio surgi de nulle part et abhorré de tous ceux qui redoutent leur venue.

Que veulent-ils au juste ?
- Silence sur ce que vous savez !
- Oubliez tout ce que vous avez découvert sur les ovnis, sinon...

Voilà le message colporté par les HEN, maintes fois répété, mais différemment formulé selon les circonstances Cela va des conseils distillés sur un ton quasi paternel, aux tentatives d’intimidation plus précises, jusqu’aux menaces à peine perlées mettant en cause le bien-être du témoin, de sa famille, de sa région... et du Monde tout entier !

Des nuances pour le moins bizarres, n’est-ce pas et qui ont eu tendance à se diversifier depuis que les HEN ont élargi leur champ d’action aux témoins variés d’événements extraordinaires ? Comme si cette sombre milice, en multipliant ses interventions, avait, elle-même, du mal, à s’adapter à son évolution.
           
Leur mission
Ils viennent, tout d’abord, pour écouter le récit de leur hôte. Or, ce dernier, impressionné par leur mine patibulaire et encore sous le coup de l’émotion de son expérience, est naturellement enclin à se confier à des tiers. Ils profitent donc de cette situation de faiblesse psychologique, surtout qu’ils s’abritent souvent derrière quelque organisme officiel de sécurité du pays impliqué, ou bien une agence d’espionnage ou encore un bureau de détective.

Si jamais une preuve photographique du phénomène qui a occasionné leur venue existe, ils veulent la récupérer coûte que coûte. Et si, par malheur, une telle pièce à conviction est exhibée imprudemment en leur présence, ils la confisquent illico presto. Et il n’y a plus grand espoir de la voir restituée un jour. C’est ainsi que Jean Claude Bourret, en 1974, mit sur le compte des HEN un détournement de documents ufologiques destinés à France Inter.

Des hommes très secrets
Si les HEN ne répugnent pas à donner des noms, exhiber des cartes d’identité et de fonction ou des documents militaires, il s’avère vite que tout est bidon. Une vérification ultérieure conduira immanquablement à une impasse, faute d’une donnée indispensable soigneusement occultée.

Le numéro minéralogique de leur automobile si caractéristique n’est généralement pas attribué selon le service des immatriculations, ce qui a fait dire qu’ils ont accès aux banques de données des administrations, inaccessibles au commun des mortels.

Les seules preuves de leur existence que nous ayons sont quelques photos les montrant, de loin, en faction sous une porte cochère et une récente vidéo (1992) d’une FEN (femme en noir) filmée dans une automobile aux vitres teintées !

Plus bêtes que méchants !
Leur sens de l’humour est totalement inexistant ou alors inaccessible au témoin. Ils semblent à peu près normaux jusqu’à ce qu’une grosse bévue vienne alerter leur interlocuteur. Comme, par exemple, sucer un cigare par l’extrémité même qu’ils viennent d’allumer (sic).

Ce décalage apparent par rapport à la réalité est une dominante remarquée de leur complexe personnalité.

Jamais il n’a été constaté, à ma connaissance qu’un HEN avait fait du mal à quelqu’un, nonobstant quelques plaintes de charge délibérée en voiture ou autrement ; pas un seul accident réel n’a été provoqué par l’un d’eux. Il n’empêche qu’on a pu dire qu’ils furent probablement à l’origine de la mort suspecte de plusieurs ufologues renommés dont les suicides ou maladies foudroyantes ont prêté à jaser. Mais il faut être prudent sur cette question.

Leur départ
Comme ils sont venus, ils disparaissent mystérieusement. Evanouis dans la nuit, dématérialisés au coin de la rue, téléportés vers un ailleurs indéterminé ?

Laissant le témoin dans un état de désarroi total, de confusion mentale - maux de tête à répétition - voire de nausées car, parfois aussi, il a été rapporté qu’ils dégageaient une drôle d’odeur, même désagréable ! Bender, après sa rencontre avec les trois infâmes HEN qui le persuadèrent d’abandonner ses activités ufologiques, fut décrit « comme lobotomisé ». On a parlé de lavage de cerveau induit psychiquement par les HEN.

Fréquemment, ils laissent derrière eux divers phénomènes curieux comme une activité poltergeist, un téléphone qui se détraque, des machines en panne...

Leur nationalité
Les HEN, presque toujours vus comme des étrangers dans la région où ils sévissent, ont été décrits, certes, surtout aux Etats Unis, mais aussi en Angleterre, au Mexique, en Suède, Espagne, Australie, Afrique du Sud, en Italie, en Angleterre. La France ne semble pas très touchée par le phénomène, selon J. L. Degaudenzi.

Malgré des interventions dénombrées par centaines depuis près de 50 ans, malgré les indices de leur identité qu’ils ont bien voulu laisser à profusion, aucun homme en noir n’est jamais venu, hélas, comparaître à la barre d’un quelconque tribunal pour répondre des accusations de harcèlement, de terrorisme ou même, simplement, de trouble de l’ordre public.

C’est donc à partir de témoignages humains uniquement (on-dit, allégations, narrations, relations, opinion, rumeur, etc.) qu’on a tenté de les identifier. La tâche n’est pas aisée comme on va le voir.

Qui sont-ils ?
Quand ils s’immiscèrent dans l’ufologie naissante, affublés d’uniformes rappelant ceux de l’US Air Force, exhibant volontiers des pièces officielles garantes de leur affiliation gouvernementale ou bien se réclamant d’un bureau si secret qu’ils ne pouvaient en donner le nom (sic), l’idée s’imposa qu’ils étaient d’obscurs fonctionnaires, issus d’une non moins ténébreuse agence du type F.B.I. ou C.I.A., engagés dans une vaste conspiration du silence (Keyhoe).

Police secrète ?
Ou bien des policiers aux cartes d’assermentation falsifiées, comme ce fut vérifié à plusieurs reprises ?

Malgré les démentis très nets du colonel George P. Freeman, porte-parole du Pentagone pour le projet Livre Bleu (« Ces hommes ne sont reliés, en aucune manière, à la force aérienne, ce sont des imposteurs »), d’aucuns, encore aujourd’hui, obnubilés par l’idée du black-out gouvernemental, voient en eux les tontons macoutes de l’ufologie.

L’ennui, pour asseoir cette théorie de la première heure, c’est qu’ils paraissent moins intéressés par le récit du témoin que par leur propre rôle de persuasion visant à le convaincre que tout cela a une origine bassement terrestre. Bizarre, très bizarre !

Un concept dépassé
Le stéréotype de l’officier fédéral américain en mission secrète fit long feu quand les enquêtes privées, menées sur le compte des HEN, n’aboutirent à rien, quand aucun scandale n’éclata, quand personne ne revendiqua la moindre intervention, quand personne ne se fit épingler...

Qu’une telle politique de secret ait pu survivre à 50 ans de dissimulation est une insulte à la démocratie libérale pratiquée et prônée par les Etats Unis d’Amérique. Aussi la thèse des agents de l’ombre, pourchassant de leurs ignobles assiduités les témoins d’ovnis fraîchement traumatisés par leur observation, tomba en désuétude et n’est plus en vogue qu’auprès d’une minorité de paranos ou de nostalgiques (C. Fuller ou W. Moore).

Zone d’influence élargie.
Cette théorie purement nationaliste fut d’ailleurs infirmée par les HEN eux-mêmes lorsqu’on les vit étendre le champ de leurs interventions bien au-delà du territoire américain, en Europe, en Afrique, enfin à presque toute l’étendue de la Terre.

La thèse de la conspiration yankee se mua de la sorte en une conspiration mondiale massive dont le chantre fut le regretté Frank Edwards (1908-1967 - sa disparition prématurée alimenta même la rumeur). Les années 1970 virent le point culminant de l’état de guerre froide entre les deux blocs capitaliste et communiste. A la réflexion, ces lugubres HEN avaient bien des allures d’espions russes !

Ce fut l’époque où les HEN furent assimilés à des terroristes venus de l’Est et même parfois accusés d’avoir participés à l’assassinat de Robert Kennedy...

Là encore, la persistance des visites des HEN, toujours vus, jamais pris, vint mettre un terme à cette nouvelle théorie à la mode.

La thèse extraterrestre
En désespoir de cause, on en vint à la solution qui résout tous les mystères : celle des extraterrestres. Puisqu’ils sont si étroitement connectés au phénomène ovni, les HEN ne sont-ils pas eux-mêmes des pilotes de soucoupe volantes, désireux de rattraper le coup après une démonstration céleste quelque peu ostentatoire. Que n’y avait-on pas pensé plus tôt !

Ainsi étaient évacuées toutes les bizarreries dont seulement quelques articles inscrits au catalogue ont été cités ici.

Existe-t-il une mafia interplanétaire dont le but est de couvrir toute trace des activités ovnis ? Ou bien une police galactique qui veille à ce que d’éventuels vilains ET, dangereux pour notre civilisation, ne se mêlent des affaires de la Terre ? Une telle question, incubée dans des esprits acquis, ne pouvait que séduire. Elle eut son heure de gloire, appuyée par certaines anecdotes telles que celle d’une grosse Cadillac conduite par un HEN qui décolla d’une autoroute et disparut aux yeux d’un couple témoin ébahi, une nuit de 1976, au Minnesota.

Une réponse intermédiaire
Mais, encore une fois, les faits vinrent infliger un démenti à cette interprétation interventionniste venue d’ailleurs. En effet, les HEN ont du mal à s’insérer dans la théorie extraterrestre. Ils ne portent pas de combinaison spatiale, respirent notre air - certes parfois avec difficulté mais sans vraiment défaillir, n’ont pas de gros yeux globuleux, ni de bras multiples, pas même une apparence insectoïde, sauf quelques anomalies physiques (souvenez-vous des oreilles)...

Bref, ils ont toutes les caractéristiques des terriens, y compris leurs défauts et leurs carences (aucun ne vole !). Ils sont donc d’origine terrestre, n’en déplaise à certains.

On vit alors naître un amalgame espions/ET, précurseur des tendances actuelles, mettant en scène des agents du gouvernement d’une civilisation non humaine basée sur Terre (Keel), ou bien des sbires à la solde d’entités ET déjà installées parmi nous, à notre insu ?

Ou, plutôt, que sont-ils ?
Pas des gangsters, pas des barbouzes communistes, ni des étrangers venus d’ailleurs, même installés chez nous, alors qui ... ou plutôt quoi ?

La « corporéité » des HEN est, en définitive, fortement sujette à caution et le phénomène à eux associé souvent baptisé de « syndrome » leur ôte une grande partie de leur matérialité.

Ceci, malgré les nombreux témoignages qui donnent bien comme vivants, physiques, tangibles, faits de chair et de sang, ces sombres personnages endimanchés et évanescents. Car, ils sont trop insaisissables pour être d’une honnête consistance. D’où l’idée de les reléguer dans une dimension différente.

Habitants d’un autre réalité ?
Au cours d’expériences visant à l’expansion de la conscience, Carlos Castaneda, anthropologue à l’Université de Californie, pénétra, à plusieurs reprises, dans ce qu’il appelle « un état spirituel de réalité non ordinaire ». Il y fut confronté à toutes sortes d’entités bizarres : un coyote parlant, par exemple, une sorcière en forme de vache. Alors pourquoi les HEN ne viendraient-ils pas de là, eux aussi ?

Selon C. Castaneda (1925-1998), cela n’a rien à voir avec les hallucinations; c’est le produit de l’objectivation de « forces », dites « alliées du sorcier », qui peuvent prendre la forme et la taille qu’elles veulent, mais que l’on ne peut apercevoir qu’avec l’oeil intérieur. Il n’empêche que ces « créatures » ne sauraient exercer aucune influence directe sur les affaires de l’humanité. Bonne ou mauvaise.

Les « caméléon » de l’ufologie
C’est Aimé Michel (1919-1992) qui, en son temps, souligna l’aspect « mimétique » des HEN. Ils nous miment, nous imitent et s’adaptent à l’air du temps, nonobstant quelques petits anachronismes patents.
 
John Keel (1960-2009) reprit cette idée en suggérant que les HEN « jouent » avec nous en adoptant les formes et les attitudes que nous voulons bien leur donner, par-delà notre inconscient. « Ce sont des gens réels mais des sortes de fantômes », écrit-il. « Dans la nature, pleins d’animaux se camouflent ainsi pour passer inaperçus, dans le but de coexister avec les autres espèces, dangereuses pour eux ».

Dans ce contexte, les HEN seraient d’authentiques entités « ultraterrestres ». Inoffensives ou...


Emanations sataniques ?
Le caractère plutôt hostile des HEN a poussé certains ésotéristes à leur allouer un caractère nettement diabolique.

On trouverait même leur trace déjà dans la Bible, en tant qu’« Esprits du Mal qui habitent les espaces célestes » (sic), Épître aux Ephésiens 6,12). L’affiliation avec le Diable des HEN a-t-elle ainsi fait couler beaucoup d’encre. Satan lui-même n’a-t-il pas été souvent décrit vêtu de noir ?

Ces HEN, d’obédience démoniaque, « parahumaines » dirions-nous aujourd’hui, seraient des croque-mitaines, des loups-garous, des pères fouettards, jouant le même rôle que le Malin en théologie ; ils constitueraient un des volets, certes grotesque, des innombrables entités mythologiques qui prennent diverses apparences à travers les traditions mondiales.

Les HEN auraient été créés par l’Enfer et refaçonnés dans leur forme actuelle par Hollywood.

Entités jungiennes ?
Une autre hypothèse plus parapsychique veut les voir plutôt comme la pensée matérialisée de nos vieux démons, la forme objectivée de la peur collective, de la hantise de Big Brother, de l’invasion subreptice de la vie privée (Steiger)?

Ainsi, ces HEN jungiens auraient-ils toujours été présents, tout au long de l’histoire de l’humanité, projetés en dehors de nous par nos propres préoccupations, nos angoisses. On trouve, en effet, dans de nombreuses traditions, mention d’entités qui, déguisées à la mode du temps, pourraient parfaitement camper l’archétype de l’HEN. Ces larves, à l’américaine, seraient dès lors les équivalents folkloriques modernes du Vardogr norvégien, des Trolls suédois, du Tivish irlandais, du Marbal juif, du Doppelganger teuton. Des gardiens du temple réputés menacer ceux qui étudient et qui se trouvent, de par leurs connaissances, sur le point de lever le voile d’Isis (Maeterlinck).

Formes « tulpoïdes » ?
Dans le contexte de la tradition tibétaine, les HEN ne seraient que des « tulpas », c’est à dire des créations psychiques holographiques en trois dimensions personnifiant nos craintes les plus secrètes, et engendrées par celles-ci, en un singulier processus « agrégatif » issu de l’inconscient collectif (Jung). Une sorte de catharsis au niveau profond et vital (Mill).

Sont-ils des émissaires de « Shambhala », une ville spirituelle située quelque part dans les montagnes de l’Himalaya (refuge de la grande Fraternité Blanche), capables d’apparaître et de disparaître sans traces et de réaliser des prodiges surnaturels ? Sont-ils des Frères de l’Ombre de la tradition assaisonnés à la sauce du 20ème siècle?

Sont-ils des ectoplasmes produits par de complexes distorsions de l’espace et du temps (Keel) ? La réponse n’est pas, hélas, disponible.

Un mythe moderne
Ainsi, les HEN, hâtivement, vus comme des brutes épaisses, se révèlent-ils une manifestation particulière des fameux égrégores de la Sainte Trinité, rendus bien anodins par ce travestissement ridicule et désuet que leur a imposé la période de la guerre froide. Des frégolis, champions de l’escamotage, devenus ridicules et inactifs à cause des progrès de la psychologie et de la psychanalyse. Tel est leur peu enviable destinée dont on peut, cependant, s’étonner de la persistance.

Une vision réductionniste qui ne laisse pas, en tout cas, de me rendre songeur, moi, le boudé des HEN que je suis. En effet, je n’en ai rencontré aucun, nulle part et pourtant j’ai pas mal bourlingué même en Amérique du Nord. Pour qu’ils me négligent à ce point, je dois graviter bien loin de la Vérité... Heureusement, j’ai quelques témoignages de deuxième main.

« Ils sont toujours là... »
Tel est l’avis éclairé de mon bon ami Ray Keller, de Hilmar, Californie, exprimé en 1990 dans la publication de son association OSIRIS (Outer Space International Research and Investigation Society) à laquelle j’adhère depuis toujours.

A preuve, en 1986, un couple d’habitants de Hamilton, en Ohio, prétendirent en avoir rencontré plusieurs.

En 1992, un professeur de New York fut confronté, selon lui, à un HEN tandis qu’il lisait tranquillement à la bibliothèque de l’Université de Pennsylvanie. « C’était un grand maigre, pâlichon, de plus d’un mètre 85, tout vêtu de noir. Essayant d’engager la conversation et se heurtant à la réticence de son vis-à-vis, ce sinistre individu s’écria : - Les ovnis sont le phénomène le plus important de ce siècle... et vous n’êtes pas intéressé !

Ma grande amie américaine, Cosette Willoughby, 74 ans, en a vu deux fois dans sa vie ! Mon ami, Howard Kaufman, de Woodland Hills, Californie, lui aussi en a rencontré un qu’il assimile à un « ami extraterrestre »...

Si d’aventure, vous en avez vous-même rencontrés, n’hésitez pas à me faire signe.


Bibliographie :
Gray Barker, They Knew too Much about Flying Saucers, 1956.



Timothy Green Beckley, MIB, Aliens among us, 1956.
David M. Jacobs, UFO controversy in America, 1975.John A. Keel, The Mothman Prophecies, 1975.

Probe the Unknown, juillet 1975.







P. Schneyder, OVNI. Premier bilan, 1983.





Hilary Evans, Visions, Apparitions, Alien visitors, 1984.
Fortean Times, N° 50, été 1988.
Les mystérieux hommes en noir
UFO UNIVERSE, novembre 1988.
UFO Times, N° 10, novembre 1990.
MAGONIA, n°40, août 1991.
UFO Encounters, Vol. 1 N°1, 1992.
Bulletin of Anomalous Experiences, Vol. 3, N°3, juin 1992.
ELSEWHEN, N°15, 1993.
Etrangetés & Mystères, N° 13, juillet 1994.



Texte publié en 5 fois dans Dimanche Saône & Loire entre le 5 mars et le 9 avril 1995 et republié étoffé dans le n°6 de La Revue de l’ALEPI (Association Louhannaise d'étude des Phénomènes Inexpliqués), d’octobre 1995.