dimanche 10 décembre 2017

Le « temps manquant » du Professeur.




« Il n’y avait aucune attente consciente particulière de ma part et de mon fils quand nous avons quitté Grand Forks, Nord Dakota, en ce dimanche matin 20 mars 1988 dans mon pick-up Ford rouge. Une légère couche de neige présente disparut au bout de 50 km mais le ciel resta nuageux.

« Nous nous dirigions vers le Mississipi, destination New Orleans.

« Mais quelque chose d’étrange survint…

« Ni John III, ni moi, n’ont gardé souvenir sur le coup de ce qui arriva en cette fin d’après-midi. Nous avons été sous un contrôle mental qui nous avait envahis, caractérisé par l’amnésie. J’ai ralenti, me suis tourné vers les lumières… Le voile de l’amnésie est descendu sur nous…

« Quand ma conscience est revenue, nous avions parcouru 100 km sans nous en rendre compte. Il était 19 h 45, il faisait nuit… la perte de conscience du temps était tout à fait déconcertante. »

Tel est le récit de l’expérience d’une période « totalement neutralisée dans leur mémoire » (temps manquant) vécue par John R. Salter, 55 ans, professeur d'études indiennes et longtemps à la tête du Département consacré à cette discipline à l'Université du Nord Dakota, et son fils, 23 ans, qui l'accompagnait. Ce jour-là, ils se dirigeaient vers la Louisiane afin d’y participer à une conférence sur la culture américaine.

Qu'est-ce qui les fit dévier de leur itinéraire prévu ? « Une force invisible », pense John. Pour les amener précisément sur cette route de Deep South, là où ils firent leur rencontre, dans les bois du Wisconsin, vers 18 h 15 du soir. « Ce fut le plus extraordinaire événement de ma vie », affirma rétroactivement le jeune Salter.

Seulement rendus perplexes mais inconscients de ce qui s’était passé, les deux hommes dormirent à Bettendorf, dans l'Iowa, et repartirent le lendemain matin après le breakfast.

Sur leur trajet, à l'est de Peoria, Illinois, ils observèrent un ovni miroitant comme une pièce d'argent dans le ciel. Plus tard, John compara l’engin à un morceau de charbon de bois rougeoyant. « Il avait la taille d'une route à deux voies et quand il fut à 200 m de nous, il fit un léger crochet pour nous survoler puis fusa à une vitesse incroyable ». Sa forme était celle d’une soucoupe avec un petit dôme au-dessus.

« Un étrange sentiment nous vint, suggérant que cette démonstration n'était pas étrangère à notre « temps manquant » de la veille.

Le reste du voyage se déroula sans autre incident ; de même que le séjour et retour au Nord Dakota.

Ce n'est que quelques mois plus tard, en mai-juin 1988, que John eut des réminiscences de l'épisode survenu là-bas sur cette route déserte du Wisconsin. Tout d'abord sous forme de flash-back, de rêves vivaces survenant au petit matin puis, progressivement, de façon tout à fait lucide : des images, des séquences et des rêves matinaux qui réémergeaient en cours de journée. Ainsi, put-il reconstituer sans aucun recours aux techniques hypnotiques la stupéfiante rencontre à laquelle ils avaient été confrontés. Apparemment, son fils John III, lui aussi sujet aux mêmes souvenirs, participa à la reconstitution de ce qui constitue bien un scénario d’abduction.

« Nous fûmes forcés de quitter la nationale. Il faisait presque nuit. J'ai vu deux ou trois petits humanoïdes sautant sur le pare-chocs arrière du pick-up et regardant par-dessus le plateau dans mon dos. Ils avaient 1,20 à 1,40 m de haut avec des corps grêles et des membres fluets; comparativement, leur tête était très grosse et leurs yeux énormes quasi obliques.

« Il y avait près de nous 6 ou 7 de ces petites créatures et une plus grande, plus humaine (le médecin de la bande, selon John).

« Sur injonction télépathique, nous quittâmes le camion, partîmes à travers bois, avec cette curieuse escorte, traversâmes un ravin puis un petit pont ; devant nous, posé au milieu des taillis, se tenait un vaisseau spatial blanc brillant avec un panneau bleu.

« J’ai trébuché et ai manqué tomber en arrière mais ma chute a été amortie par quelque force télékinésique. Avec douceur, plusieurs humanoïdes sont venus vers moi et m’ont remis sur pied.

« On nous fit entrer à l’intérieur de l’engin, dans une salle brillamment éclairée, et nous y subîmes toute une série de tests médicaux. Un implant fut placé profondément dans ma narine droite. On me fit deux injections, une dans la zone de la thyroïde, une autre dans la partie supérieure de la poitrine (thymus).

Son fils fut lui, de son côté, examiné au niveau du visage au moyen d’une lampe type torche avec examen particulier du menton et de la mâchoire inférieure.

« Après, nos petits amis nous reconduisirent au pick-up, s'éloignèrent et l'ovni décolla à grande vitesse en biais tandis que nous-mêmes reprenions notre voyage, totalement ignorants de ce que nous avions vécu. »

En fait, John ajoutera que John III (son fils) et lui-même, après l’observation de l’ovni du lendemain, avaient vu en elle « une apparition délibérée pour eux et pour eux seuls », un contact très très amical et tout cela en rapport avec ce qu’ils avaient vécu la veille, et dont ils ne se rappelaient encore rien.

C’est en mars 1990 que j'ai appris que cet enseignant d'université avait été la victime d'une de ces invraisemblables expériences de temps manquant suivie, le lendemain, de celle non moins déconcertante de celle d’une observation d’ovni, avec en filigrane le scénario d’une « abduction » : un enlèvement caractérisé par des kidnappeurs sensés venus d’ailleurs. « Enfin un scientifique au cœur du problème », lui ai-je écrit aussitôt, sautant sur l’occasion d’en apprendre un peu plus sur ce genre d’expérience extraordinaire avec le témoignage de cet « abducté » gradué et universitaire ! Et de lui demander des précisions de première main sur son aventure. Avec une gentillesse qu’il convient de saluer ici, le Professeur Salter accepta sans la moindre réticence de faire de moi son confident privilégié et, pendant plus de 5 ans, il ne cessa de me tenir informé, notamment de l’évolution de son « expérience » en rapport avec sa personnalité. Ensuite, hélas, l’éloignement s’est chargé d’interrompre nos échanges et c’est bien dommage.

Outre les souvenirs maintenant revenus, John Salter, n’était pas revenu indemne de cette rencontre ; il gardait - garde selon son interview de l’an 2000 - divers changements qui ont affecté son physique et sa personnalité depuis cette fameuse nuit de printemps 1988. Ses ongles et ses cheveux se sont mis à pousser deux fois plus vite que la normale. Et une certaine pilosité est apparue là où il n’en avait pas auparavant : bras, poitrine ; globalement, son système pileux est plus fourni qu'avant. Ses taches de vieillesse et ses rides ont pratiquement disparu. Des cicatrices qu'il avait avant l'événement (notamment celles consécutive à un accident d’automobile subi en 1963) se sont aussi effacées. De petites blessures nouvelles (coupures, égratignures) guérissent maintenant très rapidement. Il pense que cela est dû à son sang qui coagule mieux. Occasionnellement des taches rouges apparaissent là où ont eu lieu les deux piqûres.

John souligne qu’avant 1988, il n’avait pas porté un quelconque intérêt particulier pour la question ufologique. Suite à son expérience, il va se renseigner sur la question (auprès des organisations ufologiques américaines telles que le MUFON et le CUFOS) pour tenter de comprendre ce qui lui est arrivé ; au point que, plus tard, sollicité par un groupe d’étudiants, il va même donner des cours d’ufologie à l’Université du Nord Dakota et se rapprocher de la fameuse « abductée » Betty Hill et devenir son amie. C’est surtout le caractère interracial du couple Hill qui l’avait intéressé quand, en 1961, comme tout le monde, il en avait lu la relation d’enlèvement dans la presse sans y porter plus d’attention que ça.

Pour John : « L’intérêt vis-à-vis des ovnis et des aliens (extraterrestres) transcende les races, les religions, les politiques… »

John est totalement convaincu qu'il a été de la sorte « choisi » pour ses convictions concernant les causes qu'il défend depuis des décennies: les droits du peuple indien d'Amérique dont il descend (tribu des Abenaki et Mohawk par son père et sa mère). Activiste dans l’âme pour les droits des minorités, notamment celles de la liberté de culte pour les Indiens « native », il a perdu certes la radicalité gauchiste manifestée dans sa jeunesse, au Mississipi dans les années 1960, dont il aime à montrer les photos où on le voit matraqué par la police, photos publiées par les journaux de l’époque et qu’il garde précieusement. Mais il demeure fortement impliqué sur cette question sensible. Il travailla aussi avec Martin Luther King dans le cadre de l'association pour l'avancement des peuples et y acquit une distinction (médaille) en 1989.

Concernant les « aliens » qu’il a rencontrés, outre le fait qu'ils viennent de Zeta Reticuli (là d’où venaient les kidnappeurs des Hill ?), le plus grand des visiteurs lui a fait savoir télépathiquement qu'ils visitent notre planète pour sauver notre société. Ils appartiennent à une race d'humanoïdes amicaux, similaires aux terriens, à la fois intellectuellement et émotionnellement. Leur culture est démocratique et pacifique et ils entretiennent des relations harmonieuses avec les individus et les collectivités.

En bref, John pense que les E.T. ont les mêmes buts que ceux auxquels il se consacre depuis 50 ans : la justice sociale. Leur apparence, selon lui, révélerait-elle leur « sang mêlé » (croisement avec des terriens ?). Il croit qu’ils agissent à plusieurs niveaux : à titre individuel pour aider les gens, et pour plus globalement « sauver le monde ». « Faire de la planète Terre un monde meilleur ! » Ils auraient en tout cas un plan à long terme visant à accoutumer l’humanité petit à petit à la présence sur terre d’une vie étrangère.

« Ce ne sont ni des anges, ni des démons que j'ai rencontrés. Ni des manifestations psychiques, ni des voyageurs temporels. Les êtres que j’ai rencontrés nous aiment. Je le sais ! ».

Fort de cette conviction « humanoïdo-humaniste », il continua son œuvre contre vent et marée même si une certaine pression de l'establishment scientiste ne fut pas étrangère à son départ en retraite anticipé après seulement 13 ans de carrière. En 1995, il a même changé de nom, abandonnant celui de ses parents adoptifs pour reprendre celui de son père amérindien.

La dernière fois que j’ai entendu parler de lui, c’est dans une interview dans UFO Magazine de septembre 2000. Il y décrivait toujours dans les mêmes termes sa fameuse rencontre de 1988 mais cette fois sous le nom de John Gray Hunter, ayant abandonné celui de ses parents adoptifs, des Blancs, qui l’avaient recueilli tout petit.

Il signalait aussi avoir subi une seconde rencontre avec son même fils, en 1997, cette fois à l’Est de Billing, dans le Montana. Cette fois, une des conséquences de cette nouvelle rencontre était qu’il avait dû changer sa paire de bottes car ses pieds s’étaient allongés !

Arguments pour et contre et possibilités de confusion.

Pour : la faible publicité donnée à cette affaire par le principal intéressé et le faible bénéfice qu’il a pu en retirer dans son militantisme en faveur des ses Frères Amérindiens. Au contraire, cela lui aurait même plutôt nui au sein même de l’université où il exerçait son enseignement. Il se défend contre cette thèse ; selon lui, l’hostilité qui s’est manifestée à ses dépens dans son milieu professionnel provenait uniquement de son militantisme libertaire.

Contre : la minceur de son expérience qui, certes, contient quelques étapes clés du scénario classique de l’abduction (temps escamoté, examen médical, pose d’un implant nasal, etc.) mais demeure moyennement documentés eu égard à l’importance qu’elle peut revêtir pour ceux qui en font l’objet.

Confusion : on ne voit guère quelle illusion aurait ainsi amené deux individus « perdus » une heure ou deux sur les routes boisées du Wisconsin à développer de faux souvenirs convergents concernant une fantastique rencontre qu’ils y auraient faite.

Publié dans LE MONDE DE L’INCONNU, n°350, juin-juillet 2011.


Les dernières informations concernant John Salter, alias John Gray Hunter, datent de 2011 : il combattait un lupus un érythémateux disséminé… vaillamment !



jeudi 7 décembre 2017



L’ « expérience » de Travis Walton




Cette histoire d’enlèvement par des extraterrestres à l’allure « fœtale », aux grands yeux luisants, « sans sourcils ni cils », muets, vêtus de combinaisons oranges, est celle qui, selon l’encyclopédiste des ovnis Jerome Clark, a généré le plus de controverse Outre Atlantique. Aujourd’hui, après 35 ans et 3 livres plus un film qui lui ont été consacrés, elle continue de faire l’objet d’une âpre dispute ; entre ceux qui y voient toujours un des premiers « classiques » dans le genre et les autres soupçonneux d’une « ruse élaborée » sans qu’aucune preuve n’en soit venue corroborer leurs doutes.

Le théâtre de l’affaire en est le parc national protégé dit de Apache-Sitgreaves, à 25 km au sud de la ville de Heber, au centre Est de l’Arizona en territoire indien – une zone forestière surélevée par rapport à celle du désert qui lui donne un climat plutôt frais ; en été la température n’y dépasse que rarement 25 ° C ; une zone de broussailles peuplée d’arbres dont les troncs de moins de 15 cm de diamètre doivent être éliminés pour permettre aux plus gros de mieux se développer.

Cette tâche de coupes d’éclaircie est confiée à des travailleurs privés par le service des forêts US qui travaillent sur contrat et sont payés à l’heure. Justement, en ce mercredi 5 novembre 1975, une équipe de sept bûcherons un peu spéciaux œuvre dans le lieu-dit Turkey Springs ; ils ont une surface de 50 hectares à éclaircir à proximité de la petite ville mormone de Snowflake où ils habitent tous.

Le travail est rude. Les hommes équipés de tronçonneuses sont divisés en deux équipes : une qui coupe et l’autre qui rassemble, entasse, et ce, alternativement. La journée est ponctuée de deux breaks pour se reposer et se restaurer. Il est 18 h, le chef de l’équipe signale d’un coup de klaxon, la fin de l’activité. Tous ces jeunes gaillards – leur âge varie de 17 à 28 ans - bien qu’habitués à ce travail pénible sont fatigués et contents d’en terminer. Ils rejoignent le pick-up cabossé de marque International, leur moyen de transport collectif, déposent leur scie sur la plate-forme et s’entassent dans l’habitacle où ils allument une cigarette ; ils ont hâte de rentrer chez eux et d’y goûter qui la piscine, qui la salle de sport…

A peine ont-ils parcouru 200 m sur le sol cahotant du chemin que, tout à coup, l’un des occupants des sièges avant remarque à travers les arbres, et à la faveur de la nuit tombante, « une lueur brillante », jaunâtre, droit devant eux. L’un des passagers du pick-up évoque un crash d’avion possible… Comme ils continuent d’avancer, la lumière semble perdre de l’altitude et une éclaircie dans les branches à 30 à 40 m leur permet de voir plus clairement ce qui apparaît être « comme une structure » en suspension 5 à 6 mètres au-dessus d’un bouquet d’arbres bas laquelle projette au sol un halo de lumière laiteuse.

L’ovni tel que figuré dans la version 1996 
de Fire in the Sky. The Walton Experience.
La « structure », éloignée d’une trentaine de mètres, est immobile et silencieuse. Elle mesure de 6 à 7 mètres de long et 3 de haut : c’est un disque aplati décrit comme « deux moules à tarte placés bord à bord » avec au sommet un petit bol retourné (dôme). Le tout est rayé de bandes verticales argentées plus larges que hautes. Un anneau protubérant au milieu en fait le tour. Pas d’antenne, ni de hublot.

Le chef d’équipe, conducteur de la camionnette, a obéi à l’injonction d’un de ses ouvriers qui a crié : « Arrête ! Arrête le camion ! » Tous sont pétrifiés par la stupéfaction et ils se font petits dans la cabine ; sauf Travis Walton, 22 ans, qui occupe le siège extrême passager à l’avant. Contre toute attente, il ouvre la porte, sort du véhicule et s’avance en direction de l’objet volant. Il expliquera qu’il a obéi à une pulsion lui indiquant que « c’était la chance de sa vie ».

Mais comme il s’approche, les mains dans les poches, parcourant 15 à 20 m, l’engin commence à émettre un drôle de bruit « mécanique » : il dira que ça ressemble à celui d’une turbine génératrice… L’ovni commence à vibrer et de plus en plus fort au point d’obliger Travis à se cacher craintivement derrière un buisson. Quand il se retourne vers le camion là où les autres lui crient « Travis, revient !», il n’obtempère pas, persistant à vouloir aller voir « s’il y a quelque chose là dedans » ; il se remet en marche, pénètre sous le halo lumineux et, soudain, sent « un choc engourdissant », comme une électrocution par un haut voltage ; dans sa tête, dans sa poitrine, dans son corps tout entier. Il vient d’être frappé par un rayon bleuâtre qui le projette à 3 mètres en l’air, bras écartés. Il hurle …

Le chef d’équipe paniqué a laissé le moteur du pick-up en marche ; son réflexe est tout d’abord la fuite au lieu de porter secours à l’infortuné comme le suggèrent deux autres des camarades de Travis… Mais puisque l’ovni a disparu, le ciel est redevenu vide et tranquille, la raison lui revient et il retourne à l’endroit névralgique où tous vont effectuer une recherche de Travis à la lumière des phares de la camionnette, pendant une vingtaine de minutes sans succès. Malgré leurs appels, ils ne parviennent pas à le localiser. Travis a disparu ; est-ce l’ovni qui l’a emporté ?

De guerre lasse, ils regagnent Heber là où, à 19 h 35, le shérif du comté Navajo reçoit un coup de fil d’un des bûcherons ; au début, il ne croit pas une seconde à ce qu’on lui raconte… à savoir un bûcheron enlevé par un ovni ! Mais finalement il se force à rejoindre les ouvriers forestiers dans un centre commercial et les trouve très excités. Un autre shérif appelé accepte de les accompagner en pleine nuit à nouveau sur les lieux de l’accident. Ils ne trouvent aucune empreinte au sol jonché d’aiguilles de pin. Pas une branche cassée, pas de trace d’ignition au sol. Cette frénésie à agir après la disparition d’un des leurs d’ailleurs ne milite guère en leur faveur bien qu’elle puisse être dictée par le fait qu’un homme, si peu habillé comme l’est Travis, risque de mourir de froid dans le bois en cette saison froide.

En fait, ces tergiversations des autorités à lancer une alerte proviennent de ce que, dans le rude milieu des bûcherons employés par le service américain des forêts, ce n’est pas usuel de plaisanter avec les ovnis ; et, sous l’impulsion de quelques officiels soupçonneux, l’enquête s’oriente plutôt vers l’hypothèse d’un meurtre sinistre, suite à une querelle, qu’on tenterait ainsi de « couvrir », de déguiser en cet épisode rocambolesque.

Durant la nuit, la famille de Travis est informée de sa disparition ; elle prend l’affaire très au sérieux : son frère arrive à Heber depuis Phoenix à 3 h du matin. Sa mère, elle, semble moins inquiète, ce qui amènera certains à s’en étonner.

Il n’empêche que le lendemain, une véritable chasse à l’homme est organisée sur la zone de la disparition dès 7 h avec un hélicoptère, des cavaliers à cheval, des jeeps 4 x 4. Pendant ce temps, des hordes de reporters affluent à Heber car les shérifs n’ont pas pu tenir leur langue…

Une grande confusion va régner pendant plusieurs jours sous l’impulsion des collègues de Travis, de ses frères et des associations ufologiques : GSW (Ground Saucer Watch), APRO (association ufologique florissante à l’époque)… Le 10 novembre l’équipe de bûcherons subit son premier test au détecteur de mensonge (type polygraphe) à Holbrook, ville voisine, qui conclut que les 6 hommes sont honnêtes quand ils répondent NON aux questions : 1/ n’avez-vous pas porté atteinte à l’intégrité physique de votre collègue en ce mercredi après-midi ? 2/ savez-vous si Walton a été blessé mercredi par quelqu’un de votre équipe ? 3/ savez-vous si le corps de Walton a été enterré ou caché dans la zone de Turkey Springs ? et OUI à celle : dites-vous la vérité quand vous affirmez avoir réellement vu un ovni quand Walton a disparu ?

Suite à cela, le shérif maintenant convaincu déclarera : « Il n’y a aucun doute qu’ils disent la vérité. »

Or, ce même soir, le téléphone sonne à Taylor, petite ville située à 3-4 km de Snowflake et à 45 km de Heber. Il est minuit 5. C’est le beau-frère de Travis qui décroche et il entend la voix confuse et faible de ce dernier dire que c’est lui qui téléphone d’une station service de Heber et qu’il a besoin d’aide. « Venez me chercher ! » « Ils m’ont ramené ! », rapportera-t-il avoir prononcé. Il affirmera avoir tenté de joindre d’autres membres de sa famille auparavant, sans succès.

Le mari de la sœur de Travis, Neff, croit tout d’abord lui aussi à un canular. Mais la voix demande de l’aide. Travis est retrouvé 5 jours et 6 h après sa disparition dans les conditions qu’on a vu décrites par ses collègues dans la forêt de Turkey Springs. Il est conscient mais sous le choc. Exhibe une barbe de 5 jours, est déshydraté, affamé et semble avoir perdu 5 kilos. Mais il est en bonne forme générale. Il croit avoir été absent quelques heures seulement !

Sur le chemin du retour, il parle vaguement d’une rencontre avec des créatures à la peau pâle et aux grands yeux terribles qui l’ont terrifié. Il en tremble encore. Rendu chez sa mère, il prend un bain et boit une grande quantité d’eau. Il ne veut pas voir la police, mais un médecin.

Or, en Amérique, les frais médicaux sont payants. Le tabloïd National Enquirer a déjà fait une proposition à sa famille pour avoir l’exclusivité de son histoire ; lui revenu, tous ces frais seront payés par l’hebdomadaire. Ainsi, Travis va se retrouver effectivement dès le 11 novembre (après une nuit de sommeil peuplée de cauchemars) dans un hôpital où les analyses physiologiques montrent que sa santé est bonne à quelques détails près.

Les examens médicaux mettent en évidence, outre son état général jugé plutôt meilleur que ce qu’on peut attendre d’un individu ayant passé 5 nuits à la belle étoile par une température nettement au-dessous de zéro, quelques petites anomalies : pas de meurtrissures sur son corps suite aux effets du rayon et sa retombée au sol, un taux d’acétone dans l’urine incompatible avec un jeûne de 5 jours et, les traces de deux piqûres à l’épaule droite que certains attribueront à un voyage, non pas dans l’espace, mais dans les brumes du LSD. Une accusation qui ne sera jamais confirmée. Certains sceptiques s’y accrocheront longtemps comme l’ufologue James Moseley qui, « revisitant » dernièrement (août 2010) le cas Walton, opte nettement en faveur d’une « acid party », qui n’a plus tout à fait le même sens aujourd’hui, plutôt qu’un enlèvement ET. Travis avait consommé de la drogue avant l’incident et avait arrêté depuis deux ans.

Mais Travis, malgré son hostilité envers certains tiers s’intéressant à son histoire, est déjà une vedette aux mains des médias et des associations ufologiques locales qui veulent le soumettre à la régression hypnotique pour réveiller des souvenirs occultés. En fait, il pense qu’il est resté une heure à une heure et demie « capturé » Le premier hypnothérapeute constatera un blocage mental quand on le régresse au delà de 2 heures après son « retour ». Donc l’histoire de la rencontre de Travis en restera presque à ce qui lui reste comme souvenirs conscients même après plusieurs tentatives de régression hypnotiques avortées. Il écrira deux livres sur son expérience, le premier en 1978 et l’autre en 1996 « pour son effet thérapeutique ».

Le 14 novembre, nouveau test au polygraphe demandé surtout par le National Enquirer qui pense qu’un résultat positif « boosterait l’impact de cette histoire ». Et aussi, un nouvel essai de régression.

Au plus loin dans le passé qu’il ait pu être régressé, Travis se vit couché sur une table, dans une pièce style salle d’opération flanqué de trois créatures (une à droite, deux à gauche) dont il réalise avec choc que ce ne sont pas des êtres humains : elles sont petites (1,65 m), avec de grosses têtes chauves, des gros yeux au regard transperçant « à donner la chair de poule », pas de cils, pas de sourcils, des paupières énormes, une peu blanche comme de la guimauve. Elles portent une combinaison orange foncé, aspect daim, collante qui les moule sans couture. A leurs doigts, pas d’ongle. Travis pense que cette « chambre » se trouve dans un vaisseau volant.

Travis se croit prisonnier mais il peut descendre de la table ; il se sent peu solide sur ses jambes mais n’hésite pas à bousculer ses ravisseurs pour s’enfuir. Ils se laissent faire et ne répondent pas à ses questions (bouche immobile), ni à ses provocations, refusant d’engager le dialogue, silence dans lequel ils se cantonneront tout au long de l’expérience. D’ailleurs, ils disparaissent par une porte laissant Travis libre de visiter les locaux pour aboutir, après passage dans ce qui ressemble à un planétarium avec, au beau milieu, siège orientable, à une nouvelle porte; il l’ouvre et se trouve confronté à un être cette fois humain pas plus bavard (type caucasien, musculeux, il a un casque sur la tête et est vêtu d’un uniforme bleu) qui l’entraîne aimablement dans une sorte de hangar où se trouvent plusieurs vaisseaux du type de celui observé au-dessus de la forêt : deux de même taille et un plus gros (20 m de long, 5 de haut).

L’homme casqué le pousse dans une autre pièce ; il y trouve deux hommes et une femme sans casque en bleu eux aussi. « Quelqu’un peut-il me dire où je suis ? », interroge-t-il sans obtenir la moindre réponse. Les autres le regardent avec une expression aimable et l’entraînent vers une autre pièce où il y a une table. La femme tient une sorte de masque à oxygène relié à un tuyau qu’elle lui place sur le nez… Il perd conscience et c’est juste après qu’il se retrouve sur la route à une quinzaine de kilomètres de l’endroit d’où il est parti touché par le rayon bleu, couché sur le dos sur la route. Quelque chose au-dessus de lui disparaît rapidement.

L’enquête ufologique initiée déjà par A. J. Hynek durant la disparition de Travis (il vint interroger la famille Walton et adopta une position méfiante vis-à-vis de la « rencontre ») sera longue et contradictoire mais, il faut le souligner, elle n’aboutit pas à ranger l’affaire Walton dans la catégorie des canulars ; malgré des interrogatoires croisés des témoins, l’emploi du fameux polygraphe (détecteur de mensonge qui prouva que Travis disait la vérité ou, du moins, « croyait la dire »), les témoignages de l’intéressé et de ses collègues de travail ne varièrent ni se contredirent ; ainsi ne fut-il pas prouvé que le bûcheron enlevé avait inventé son histoire. Avait-il souffert d’une inflammation de l’imagination et d’une amnésie (psychose transitoire), comme certains le suggérèrent ? Les points suspects furent le fait que sa famille n’avait pas cru un instant qu’il ne leur serait pas rendu sain et sauf (son frère aurait affirmé durant son absence : « Travis sera retrouvé ; les ovnis sont amicaux »), que sa mère n’avait pas montré une émotion bien grande en apprenant sa disparition et que les Walton se sont toujours opposé à toute investigation véritablement scientifique.

Travis Walton demeure une figure incontournable de l’ufologie non plus observationnelle mais basée sur l’hypothèse d’enlèvement de cobayes humains par les extraterrestres à des fins indéterminées. Son récit jamais démenti est considéré comme « fondateur » à cet égard car il « anticipe » de nombreux autres cas d’expériences similaires relatées depuis 1975.

Arguments pour et contre et possibilités de confusion.

Pour : l’empressement des collègues de Travis à organiser des recherches plus poussées pour le retrouver, notamment avec l’aide de chiens, ce qui ne sera jamais fait. Leur participation aux recherches qui firent que pendant 5 jours le travail en forêt ne se fit pas, obligeant à une rupture du contrat avec les instances forestières. Cet argument fut même distordu en son contraire quant à sa signification quand on apprit que le chef d’équipe obtint, plus tard, un autre contrat et reprit le même travail avec 2 machines et moins d’hommes dont, cependant, Travis Walton, réembauché (il avait perdu son emploi suite à l’incident). A mon avis, ce prolongement va plutôt en faveur de la sincérité des témoins oculaires de l’épisode qui, en cas de collusion, n’auraient certainement pas manqué de dénoncer l’imposture ; ce qu’ils n’ont jamais fait.

Contre : ce qui a surtout posé problème dans cette affaire c’est le manque de traces physiques sur la victime de l’enlèvement violent auquel Travis fut soumis au moment de l’éclair qui l’a touché et au moment de sa restitution ; lui-même raconta qu’il avait heurté durement le sol rocheux. Cette absence de contusions sera mise sur sa robustesse de Travis en tant qu’ancien boxeur amateur !

Confusion : la région de l’Arizona est souvent sujette à des feux de forêts imputables à la foudre même en novembre ; mais il s’agit de foyers généralement allumés en septembre, comme en 2009. Et aucun ne fut signalé dans les parages de cette région de Turkey Springs en 1975 : ni orage, ni incendie.
Très tardivement est venue se greffer sur cette affaire une possibilité de manœuvre de l’US Air Force avec des hélicoptères munis de phares dans la région à cette même époque (Moseley). Pourquoi n’en a-t-on pas parlé avant ?


Publié dans LE MONDE DE L’INCONNU, n°348, Février-Mars 2011.






















vendredi 1 décembre 2017

La rencontre « très, très rapprochée » d’Antonio Villas-Boas




Ce fermier brésilien devint célèbre en 1957 lorsqu’il annonça, le plus sérieusement du monde, avoir fait l’amour avec une créature féminine d’origine extraterrestre!

Son histoire, prise au sérieux par les ufologues de l’époque, est devenue un cas « précurseur » de la vague récente des enlèvements dont elle constitue une version « soft » ; elle s’inscrit aujourd’hui dans le patrimoine folklorique de l’ufologie des années 1960 trop souvent crédule, mais combien emblématique.

Au point que nous en sommes encore influencé jusque dans nos rêves pour ne pas dire dans nos cauchemars.


Antonio Villas Boas (1934-1992)
Le 5 octobre 1957, à une heure du matin, un jeune paysan brésilien de profession, Antonio Villas-Boas, 23 ans, laboure nuitamment son champ, seul au volant de son tracteur lorsqu’il remarque une grosse étoile rouge dans le ciel sans nuage. Celle-ci se met tout à coup à grossir comme si, brusquement, elle se rapprochait. Bientôt, l’homme estime qu’elle se situe à environ 50 mètres au-dessus de lui, brillant avec éclat si bien que le sol tout autour est illuminé comme en plein jour.

L’instant de paralysie par la peur passé, Antonio ne songe alors qu’à fuir quand la coupole aplatie en forme d’œuf allongé, avec trois saillies métalliques (une au centre et une de chaque côté) et une pointe au sommet, descend plus bas encore vers le sol. Sous la machine, il y a quelque chose qui tourne à grande vitesse et une lumière phosphorescente rougeâtre s’en dégage au moment où l’engin amorce la manœuvre d’un lent atterrissage. Antonio tente désespérément de s’éloigner comme un animal effrayé mais le moteur du tracteur cale.




Scénario classique jusqu’à…

Antonio saute de son siège et prend les jambes à son coup quand il sent une pression sur son bras ; il se retourne et voit un petit être, sorti de la machine volante, maintenant posée sur un tripode, qui s’est lancé à sa poursuite. Le jeune Brésilien le repousse violemment et le nain tombe à terre. Mais le voilà qui reçoit le renfort de trois autres comparses de même taille pour maîtriser Antonio, le soulever du sol et l’obliger à monter à bord de la soucoupe par une échelle, l’ouverture se situant en dessous de l’engin.

Antonio, vaillamment, continue de lutter, se cramponnant plusieurs fois aux barreaux de l’échelle mais ils parviennent à l’emmener dans une petite salle carrée aux murs polis et argentés. La porte est refermée.

On le conduit manu militari dans une salle ovale plus grande dont les parois s’ornent d’inscriptions inconnues décrites comme des gribouillis marquées en rouge ; deux des figures le maintiennent encore tandis que les autres le surveillent « en grommelant comme des chiens » (sic). Antonio est sûr qu’ils discutent de lui. De grosses lunettes rondes dissimulent leurs yeux qui semblent cependant plus volumineux que les nôtres. Et ils portent un casque duquel partent trois tubes reliés à leur combinaison faite d’une matière grise épaisse.

Les grognements ayant cessé, on le force à se déshabiller totalement et il subit une prise de sang recueillie de sous le menton dans une fiole de forme tarabiscotée. Puis, au moyen d’une éponge mouillée, une des créatures lui humecte la peau. Désinfectant, déodorant, aphrodisiaque ? Antonio est laissé seul dans une salle du vaisseau dont une sorte de lit constitue l’unique pièce de mobilier. L’homme s’y allonge mais n’y reste que quelques instants car une violente nausée le prend causée par une sorte de vapeur à l’odeur de brûlé qui s’échappe de petits tubes émergeant du plafond. Réfugié dans un coin, il a du mal à retenir son envie de vomir.

A sa plus grande surprise, au bout de quelques minutes, il y a un bruit de porte et une femme (« bien que son apparence ne soit pas entièrement terrestre », sic) s’introduit dans la pièce et se dirige vers lui, un étrange sourire aux lèvres. Elle est toute nue, comme Antonio, et ses intentions sont clairement affichées. Ses cheveux sont blonds, presque blancs, ses yeux étirés en amandes, « comme les princesses arabes » (sic). Son visage se termine par un menton très pointu, ce qui donne à l’ensemble une forme triangulaire compte tenu de la grande largeur au niveau des pommettes.
Antonio, quelque peu estomaqué n’en est pas moins homme et il remarque le corps féminin mince, les seins haut placés et bien séparés, la taille fine, les petits pieds et les longues mains…

De quoi mettre en appétit un jeune gars de la campagne en parfaite condition physique. Mais pas au point de le rendre sexuellement incontrôlé comme il se retrouve, mettant cette excitation anormale sur le compte du liquide avec lequel on l’a badigeonné dont les vertus devaient être, selon lui, quelque peu aphrodisiaques.

Soupe aux choux à la hussarde

Le contact se fait en silence, sans ambiguïté. Antonio pense in petto qu’on lui demande de jouer le rôle de l’étalon dans quelque haras, mais cela ne lui coupe pas ses effets puisqu’il s’exécute de bonne grâce par deux fois, la belle étrangère répondant à ses assauts par de subtiles caresses et des grognements que certains traduiront par « aboiements canins », d’autres, moins romantiques, par « gémissements de truie » ! Antonio, dans l’action, tente d’embrasser sa partenaire sur les lèvres qu’elle a fort minces, remarque-t-il. En vain ! Selon Antonio, les bruyantes démonstrations de plaisir « gâchaient presque tout, car elles me donnaient la désagréable impression que j’étais avec un animal ».

Illustration tirée du livre de Lob & Gigi (1979), page 106.
L’acte à répétition consommé, la créature s’éloigne sans autre marque de sympathie et d’affection ; la porte est bientôt ouverte et un des « étrangers » appelle la femme qui, juste avant de disparaître, adresse à son partenaire un sourire et un geste jugé comme explicite : elle montre son bas-ventre et ensuite le ciel. Antonio comprend que la créature hybride, appelée à naître de cette union, est destinée à « revigorer leur cheptel » sur une autre planète.

Antonio se rhabille et deux êtres masculins viennent le chercher pour le conduire dans une autre salle où les trois autres sont assis sur des sièges pivotants grommelant tranquillement entre eux. Sur la table, un gros cadran qu’Antonio tente d’approcher pendant que les autres regardent ailleurs. Ils réagissent violemment et l’écartent, l’entraînent…

Quelques minutes plus tard, Antonio se retrouve dehors et il assiste au décollage de l’engin en direction du sud. Il est 5 h 30 : son aventure a duré plus de 4 heures.

Les séquelles

Antonio, l’amant d’une nuit de cette belle Barbarella descendue des cieux, retrouvera son tracteur intact et reprendra son labeur, comme si de rien n’était. Mais il gardera quelques séquelles de cette rencontre inopinée : nausées, perte d’appétit pendant un mois, si bien qu’il consultera un médecin pour des troubles cutanés, entre autres, ainsi qu’une somnolence tenace et anormale imputables possiblement à un empoisonnement par des radiations.

L’examen physique d’Antonio par un médecin fit apparaître sur sa peau, par ailleurs, de petites taches « hyperchromiques », une de chaque côté du menton ; des stigmates résultant de quelque lésion superficielle avec un saignement interne… « comme si la peau s’était reformée » sur l’endroit de la prise de sang.

En novembre 1957, son histoire va faire la une du magazine populaire O Cruzeiro ; c’est lui-même qui aurait alerté les journalistes des circonstances rocambolesques de son aventure. Selon l’un d’eux, sa sincérité ne fait pas de doute : « Nous n’avons pas affaire avec un cas de psychopathe, un mystique ou un sujet à des visions. Malgré cela, le fond de son histoire devient le plus lourd handicap en sa faveur ».

La nature particulière de cette expérience apte à choquer les gens prudes resta circonscrite à son pays d’origine (bien qu’il ait déjà raconté l’affaire à un chirurgien ufologue de l’Ecole Nationale du Brésil dès février 1958) jusqu’en 1962 où l’association ufologique américaine APRO (Aerial Phenomena Research Organization) crut bon de la médiatiser la qualifiant tout d’abord de « viol allégué d’un fermier brésilien par quelque créature femelle non inhibée (sic) venue de l’espace ». Le mot viol fut ensuite édulcoré en « séduction ».

Retenons qu’Antonio tira de cette extraordinaire rencontre l’occasion de se sortir de sa rurale condition. Devenu un avocat respectable et respecté en obtenant une licence en droit puis attorney, homme marié, père de quatre enfants, en 1978, A. Villas-Boas passa à la télévision brésilienne où il fut interrogé sur son incroyable aventure : il n’en dévia pas d’un iota y ajoutant un seul nouveau détail : le prélèvement de semence dans une éprouvette récupéré lors du deuxième acte sexuel.

Sa rencontre très, très rapprochée avec cette extraterrestre venue d’on ne sait où inspira au moins un canular avoué en 1967 ; mais fut-elle aussi à l’origine des visions ultérieures, par les victimes d’enlèvements présumés, de bébés-éprouvette alimentés par tuyaux et autres images qui font partie de l’ufologie fantastique ? C’est fort possible. Le déplacement aux Etats-Unis d’A. Villas-Boas au début des années 1960 alimenta la rumeur... Avait-il été invité par les ufologues ou par les autorités américaines en tant que premier « contacté physique » par une race étrangère arrivée et accidentée sur terre 10 ans plus tôt ?

Assista-t-on là, au Brésil en 1957, à un épisode contemporain d’un mythe qui perdure jusqu’à nos jours mais que d’autres font remonter à la Genèse biblique quand il est dit textuellement que, jadis, les filles des hommes se sont unies aux fils des dieux ? C’est précisément le contraire qui a eu lieu, près de la ville de Francisco de Sales, non loin de Sao Paulo, voilà 54 ans.

A. Villas-Boas a-t-il réactivé dans notre inconscient des images archétypales qui y sont enfouies ? C’est la thèse des psychosociologues, qui donnent ainsi, selon moi, dans la facilité. A-t-il, au contraire, cédé à une vision irréelle et onirique ? Antonio n’avait rien d’un déséquilibré pour tous ceux qui eurent à le côtoyer.

En définitive, le plus célèbre papa d’hybride – du moins se persuada-t-il comme tel, est mort discrètement en 1992 dans la ville brésilienne de Uberaba à l’âge de 58 ans, sans rencontrer sa progéniture ni revoir sa partenaire étrangère de 1 m 50. Du moins a-t-il jugé bon de ne pas nous en informer.


Arguments pour et contre et possibilités de confusion.

Le pour : l’apparente sincérité du témoin et les séquelles physiques subséquentes de son rapport consentant difficilement attribuables à une imagination même débridée.

Le contre : finalement, le peu d’impact psychologique qu’eut son aventure sur Antonio va plutôt en sa défaveur. On n’imagine tout de même une réaction plus immédiate et plus spectaculaire suite à un tel traumatisme. Il est vrai que l’ufologie brésilienne fourmille de détails sensationnels.


Possibilité de confusion :
Difficile d’en envisager une, même si d’aucuns pensent que le récit fantastique d’A. Villas-Boas aurait pu en rester au stade des fantasmes post-pubères ou de l’onirologie succube d’un jeune étudiant isolé, forcé aux travaux des champs par son père (J. Vallée y détecta « un symbolisme de conte de fées »).


Les précédents

Avec ce cas quelque peu scabreux, on aborde le sujet du rapport des ovnis avec le sexe ! Au risque de surprendre, dès le début, l’ufologie n’a pas craint d’afficher un tel lien ouvertement assumé au point que la monumentale encyclopédie de Jerome Clark y consacre un paragraphe entier.

Déjà en avril 1897, dans le Louis Post-Dispatch, un voyageur de commerce rapportait sa rencontre avec un couple de gens nus descendus d’un dirigeable sur les collines non loin de Springfield, au Missouri.

Un des premiers « contactés » américains, Howard Menger (1922-2009) prétendit, avoir fait des « rencontres », dès 1932 (il avait 10 ans !), avec des extraterrestres de sexe féminin, dont « une fille magnifique, en tenue de ski » (sic) qui lui avait avoué être vieille de 500 ans !

En 1956, il épousa en secondes noces une blonde prénommée « Marla » qui, d’après lui, venait d’une autre planète. Sous le nom de Connie Weber, elle écrivit et publia en 1958 un livre intitulé « Saturnien, mon amour… » !

Deux ans plus tôt, une Australienne prénommée Sonya prétendit avoir visité la planète Saturne et y avoir rencontré des êtres plus actifs sexuellement que les Terriens ! 

Dans les années 1965-70, comme le phénomène des enlèvements commençait à poindre, de nombreuses femmes s’en prétendant les victimes soulignèrent les connotations sexuelles des rencontres avec les « ufonautes » : examens intimes, inséminations et même actes sexuels.

En 1976, un vacher colombien fit état d’une étrange impulsion qui le poussa à sortir de chez lui pour assister à l’atterrissage d’un vaisseau lumineux en forme d’œuf de poule d’où sortirent une bande de joyeuses créatures hautes de 1,5 m, au visage plat et yeux protubérants, dont trois femmes complètement nues qui adoptaient des postures d’invite provocatrices. Il eut un rapport sexuel avec l’une d’elle et remarqua que son ventre était dépourvu de nombril.

En 1980, une femme sud-africaine affirma avoir une romance avec un savant de la planète inconnue Meton et avoir eu avec lui une union magnétique d’essence divine qui l’avait amenée à l’extase (orgasme ?).

On pourrait multiplier ce genre d’exemples érotico-ufologiques dont les annales sont remplies, mais sautons aux abductions actuelles dont certains détails constituent la version hard de ces vieux récits.

C’est ainsi que depuis que de véritables études universitaires se sont penchées sur la question (elles datent de 10 ans à peine et sont peu connues), on y a découvert une profusion d’actes sexuels dont certains à caractère pornographique et, plus graves, des agressions qui entrent carrément dans la catégorie des viols, voire de la pédophilie. Actes répréhensibles décrits avec complaisance par les témoins et racontés par ceux qui exploitent ces histoires sous couvert de contacts intersidéraux alors qu’il s’agit plutôt de secrets d’alcôve. Une dérive qui, en tout cas, n’est pas bonne pour l’ufologie déjà malmenée par beaucoup d’incompréhension de la part de ceux qui soutiennent encore, comme moi, que son principal objet, les ovnis, est un phénomène extérieur à l’individu et non un fantasme ou une affabulation psychologique ou pathologique.



Publié dans LE MONDE DE L’INCONNU, n°351, août-septembre 2011.



















vendredi 24 novembre 2017

Le « voyage interrompu » de Barney et Betty Hill



« Le cas Hill est un des plus importants cas d’ovnis jamais investigué. »
Stanton Friedman, 2007.


Barney, Betty et Delsey ; tiré de la version
anglaise du livre de J. Fuller (1966).
Le mardi 19 septembre 1961, Barney et Betty (Eunice) Hill, un couple biracial d’Américains, lui Noir de 39 ans employé au service de l’US postal, elle, Blanche, 41 ans, assistante sociale pour enfants, regagnent en voiture leur domicile situé à Portsmouth, Etat du New Hampshire ; leur chien teckel Delsey est sur le siège arrière. Ils rentrent d’une courte période de vacances qui les a conduits à Niagara Falls, Toronto et Montréal, au Québec. Divorcés tous les deux, ils se sont remariés ensemble 16 mois plus tôt et ce court voyage fait office de lune de miel tardive. En fait, Barney a pensé à cette petite escapade car il vient, enfin, d’obtenir sa mutation de travail à Boston, ce qui le rapproche de son domicile (comme ouvrier de nuit au tri à Boston) ; il a posé 4 jours de congé qui ont été acceptés et les voilà partis de Portsmouth, le dimanche, avec 70 dollars en poche.

Tout s’est bien passé y compris la visite des chutes du Niagara que Betty n’avait jamais vues et ils rentrent chez eux un peu prématurément, alertés par l’approche annoncée de la tempête tropicale Esthel sur l’Est des Etats-Unis. Après avoir envisagé de faire escale dans un motel puis finalement y avoir renoncé, ils débouchent de la Nationale 22 en provenance de Sherbrooke ; suite à un bref passage dans le Vermont et une courte halte dans un restaurant de Colebrook pour faire des provisions de bouche, non pour se restaurer (il ne reste pas grand-chose de leur argent), ils roulent sur la Nationale 3 ; tout va bien à bord de leur Chevrolet Bel Air bleue de 1957. Au volant, Barney entonne une chanson populaire.

Quelques minutes après minuit, alors qu’ils traversent les « Montagnes Blanches », une zone désolée et inhabitée, après la ville de Lancaster et en direction de Whitefield via Lincoln, Betty remarque, à travers la vitre remontée, quelque chose qui brille dans le ciel étoilé non loin de la lune présentement presque à son plein.

Elle pense tout d’abord avoir affaire à une étoile filante mais révise son opinion en voyant la lumière faire un arrêt dans le ciel ; puis celle-ci repart et semble se déplacer ; Betty fait part de son observation insolite à son mari qui, lui, réputé pragmatique, penche plutôt en faveur d’un de ces satellites artificiels qu’ont commencé à lancer l’Amérique et les Soviétiques depuis quelques années.

Betty reste intriguée par cette étrange lumière qui paraît se rapprocher d’eux car sa taille ne cesse d’augmenter. Elle propose de faire un arrêt pipi pour le chien et, en même temps, pour statuer sur cette lumière qui, très clairement, se dirige dans leur direction. Barney stoppe la voiture, et Betty sort le chien en laisse qui satisfait à ses besoins ; puis elle regagne le véhicule que n’a pas quitté Barney pour s’emparer d’une paire de jumelles 7 x 50 de marque Crescent qu’ils ont emporté avec eux à des fins touristiques ; mais l’observation rapprochée ne révèle rien de plus qu’une simple lumière et Betty réintègre la Chevrolet avec le chien ; ils poursuivent leur route vers le Sud.

Comme les hypothèses invoquées ne collent pas vraiment à cette lumière (qui persiste à être visible, change de vitesse et de direction, devient plus brillante, plus proche, un peu comme si elle les narguait délibérément), Barney garde un œil sur ce mystérieux point lumineux, ralentit plusieurs fois pour mieux voir et finalement s’arrête à nouveau ; l’inquiétude le gagne : il s’extrait de l’habitacle et récupère sous le tapis du coffre de la « Chevy » un pistolet calibre 22 dont ils s’étaient muni en cas de nuit à passer dans la voiture ; après observation, il repart. Pour la première fois, ils ont le sentiment d’être « observés ».

Près de Cannon Mountain, la lumière exécute une abrupte série de manœuvres et Barney freine pour s’immobiliser dans une aire à pique-nique ; il sort à nouveau et exprime tout haut une suite d’explications possibles : un avion commercial dans son couloir pour rejoindre le Canada, un « Piper Cub » plein de chasseurs ou, peut-être même, un hélicoptère ? Betty lui fait part de ses objections à chacune de ses éventualités : le vol non conventionnel, la configuration lumineuse et surtout ce qu’ils voient est totalement silencieux !

Impressionnés, ils braquent à tour de rôle les jumelles en direction de l’ovni (c’en est un assurément) et distinguent maintenant une forme derrière une source lumineuse nébuleuse, comme un fuselage sans aile avec des lumières clignotantes sur les côtés.

Le chien se met à gémir et Betty le reconduit dans l’automobile ; à partir de ce moment Barney se persuade que l’objet lumineux tourne autour d’eux et ceci de plus en plus près.

Après plusieurs haltes successives, dont une au lieu-dit touristique « The Flume » (Le ravin), Betty, qui continue de surveiller la lumière aux jumelles et distingue des détails, s’écrie : « Arrête-toi, crie-t-elle à Barney, nous n’avons jamais vu ça de notre vie ! »

Le couple Hill et Delsey avec les dessins
de la soucoupe et des deux entités.
Barney s’immobilise cette fois sur la chaussée en plein milieu de la Nationale au lieu-dit « Indian Head » du nom d’une formation de granit au profil évocateur. Le disque circulaire aplati est stationné à 30 m d’altitude juste devant eux. Barney, pistolet en poche, se saisit des jumelles et s’avance puis pénètre dans un champ lorsque l’objet lumineux fait un arc pour aller se placer au-dessus (30 mètres d’altitude, selon eux) d’un bouquet d’arbres1/ : il distingue maintenant à l’œil nu un engin énorme de 20 à 25 mètres de diamètre avec une double rangées de hublots tout autour éclairés de l’intérieur d’une lumière froide bleu clair. Comme il continue de s’approcher, deux lumières rouges s’allument au bout de deux structures sorties de chaque côté de l’engin (comme des ailerons) qui s’inclinent devant Barney. L’homme porte ses jumelles à ses yeux et reste stupéfait : derrière les hublots de la « crêpe » brillante, un groupe d’individus l’observent : des personnages humanoïdes (trapus, au nez large et à la peau grise, apprendra-t-on plus tard) en habits sombres brillants à l’allure guindée (comparaison avec le maintien d’officiers allemands !) qui, tandis que l’engin descend et s’approche encore, rentrent à l’intérieur… sauf un qui fixe Barney, lequel acquiert l’immédiate impression qu’il est en danger « d’être arraché du champ » où il a pénétré !

Barney tourne bride et rejoint en courant la Chevrolet dans laquelle Betty le voit entrer essoufflé, tremblant, dans un état proche de l’hystérie. Et qui lance en substance : « Faisons fissa sinon ils vont nous capturer ! »

Comme Barney a démarré sur les chapeaux de roue, l’ovni s’est déplacé pour venir se placer juste au-dessus d’eux et c’est alors que depuis l’habitacle, ils perçoivent une sensation de vibration pénétrante avec un bruit décrit comme une bizarre série de « bip-bip » qui fait trembler la carrosserie.

Un peu plus loin, au bas d’une descente, nouvelle série de « bip-bip » et, resté dans leur esprit, le vague souvenir d’avoir rencontré un barrage routier avec un globe lumineux énorme rouge orange et le sentiment d’un contact humain…

Finalement, après un trajet où Barney a conduit comme un automate ne songeant même plus qu’ils avaient projeté un arrêt dans un restaurant ouvert à Concord, ils regagnent directement Portsmouth et arrivent chez eux à l’aube vers 5 heures du matin. En fait, le voyage, après son « interruption », a duré deux heures de trop compte tenu de la distance parcourue car ils n’ont tout de même pas roulé à 30 km/heure !

Rentrés dans leur appartement, ils allument les lumières et se ruent à la fenêtre pour regarder le ciel ; comme si l’ovni avait pu les suivre jusque-là : heureusement non ; certes, ils ont retrouvé leurs esprits mais ne se souviennent de pas grand-chose de ce qui s’est passé réellement pendant ce « voyage interrompu » si ce n’est ce qui vient d’être narré. Ils ont eu deux heures de « temps manquant » et ne garde aucun souvenir de ce qui s’est passé pendant : une sorte d’« amnésie à deux » !

Au bout d’un moment, Barney laisse tomber : « C’est la chose la plus bizarre qui me soit jamais arrivé ». Tous les deux sont très calmes, voire tranquilles et relaxés : bizarre après ce qu’ils ont vécu.

Betty, le lendemain, téléphone à sa sœur Janet (la mère de K. Marden) et lui raconte leur rencontre avec cet objet volant au vol « erratique » et « suiveur ». Elle signale que chaque tentative de se rappeler ce qui s’est passé plonge son mari dans l’effroi le plus total. Il a perdu sa joie de vivre et sombre dans un état contemplatif. Quant à elle, pas mieux renseignée sur ce qui leur est arrivé, elle a commencé d’avoir une série de rêves récurrents cauchemardesques où elle se retrouve avec Barney, transportés à bord d’un étrange appareil, avec des humanoïdes lui font subir un examen physique approfondi…

L’état de santé de Barney ne s’améliore pas – il se demande s’il n’a pas eu des hallucinations –, il développe divers troubles : maux de tête, insomnies, hypertension, anémie, ulcère. Il bénéficie de 3 mois d’arrêt de travail. L’homme ne « répondant » pas aux médicaments, un trouble émotionnel est envisagé donc intervention d’un psychiatre qui, finalement leur conseille, chez un collègue spécialiste de la chose (en dentisterie !), l’hypnose médicale, proposition accueillie avec enthousiasme par Betty, obsédée par ses cauchemars qui continuent…

Tous les deux se retrouvent ainsi en juin 1964 dans le cabinet d’un psychiatre du nom de Benjamin Simon, lequel propose l’hypnose pour « réveiller » leurs souvenirs ainsi « emprisonnés ». Ils sont ainsi « régressés » séparément jusqu’à cette fameuse nuit de septembre 1961 ; et, comme s’il s’agissait bien d’une expérience vécue ensemble et ensuite occultée, ils racontent tous les deux le même scénario d’une rencontre fantastique avec des créatures vêtues de noir, aux yeux en amande, et d’une soumission à des examens anatomiques avec prélèvement d’échantillons dont le plus traumatisant fut respectivement celui d’une grande aiguille enfoncée dans le nombril de Betty pour « un test de grossesse » et un examen « génital » de Barney avec « prélèvement ». A noter qu’à cette époque les ponctions du type amniocentèse ne sont pas encore pratiquées couramment dans les hôpitaux. Ainsi, ces créatures sont-elles en avance sur leur temps pour cette opération alors qu’elles semblent incapables de faire fonctionner la fermeture éclair de la robe de Betty qui doit leur montrer comment faire et demeurent interloqués devant les fausses dents de Barney (il en porte depuis 1944 quand il a eu un accident avec une grenade) ?

Ainsi, ils révèlent les étapes d’une même étonnante aventure qu’ils auraient vécue durant ce « trou » de deux heures, embarqués à bord d’un ovni, « partiellement immobilisés », soumis par des êtres à tête chauve et mongolienne à divers examens physiques médicaux. « Ce fut une expérience qui changea ma vie », déclare-t-elle.

Reproduction d'un ET kidnappeur des Hill.
Au fur et à mesure, ces réminiscences induites sous hypnose vont reconstituer une extraordinaire aventure, la première du genre du moins dans ses différentes phases. Déjà se pose à l’époque la question de la réalité de cette expérience oubliée puis ramenée en surface par la technique hypnotique. C’est pourquoi, je me suis focalisé ici sur les souvenirs conscients supposés plus « solides ».

Mais Betty ne s’est pas laissé démonter par les doutes affichés à son encontre. C. Sagan (1934-1996), le fameux astrophysicien, qui n’est pourtant pas tendre pour les abductés, raconte les avoir rencontrés ainsi que le Dr Simon. Et de reconnaître leur sérieux et leur sincérité ainsi que le sentiment mitigé devant le fait qu’ils devinrent des « figures publiques » (A. J. Hynek (1910-1986) les rencontra aussi) dans des circonstances plutôt bizarres. Le Dr Simon, quant à lui, se porte garant qu’ils n’ont pas menti. « Les Hill ont eu une expérience qui s’apparente à une espèce de rêve », précise-t-il.

Les époux Hill en 1965.
Betty, quant à elle, continue ultérieurement des observations ovni et les fait partager à tous ceux qui, en pèlerinage, visitent le champ derrière sa maison de Portsmouth. Deux à cinq fois par semaine, elle y scrute l’azur étoilé et voit des lumières que d’aucuns attribuent à des avions. Elle prend des photos. Betty reste sereine dans ses convictions ; elle prétend être en contact avec les pilotes des ovnis auxquels elle alloue la faculté de se déguiser en engins aériens familiers. D’aucuns argueront qu’elle « cède à son enthousiasme subjectif » et se décrédibilise.

L’histoire sensationnelle de ce kidnapping d’un couple d’Américains par une soucoupe volante parut en feuilleton dans la revue « Look ». Un livre à succès lui assura une couverture mondiale. Elle est considérée comme le facteur déclenchant de cette vague d’enlèvements présumés par des ETs qui se perpétue encore aujourd’hui aux Etats-Unis et qu’on range pudiquement dans la catégorie des contacts du 4ème type.

Barney mourra subitement d’une hémorragie cérébrale en 1969, ce qui n’empêchera pas Betty de continuer inlassablement à raconter sa fantastique aventure jusqu’à sa « retraite » ufologique en 1991 et même après jusqu’à sa mort survenue en 2004. Elle était devenue une figure emblématique, une « légende » de l’ufologie américaine.

Arguments pour et contre et possibilités de confusion.

Pour : les « traces » physiques de la « rencontre » à savoir :
v       Les taches « magnétiques » de la taille d’une pièce d’un demi-dollar sur le coffre de la Chevrolet atténuées par l’impossibilité physique décrite selon laquelle une boussole, posée dessus, se mettait à tourner toute seule (!),
v       Les taches de matières végétales sur les pantalons de Barney et le dessus de ses chaussures éraflés ; les déchirures de la robe de Betty et la poudre rose trouvée dessus dont les analyses suggérèrent la présence d’une « substance biologique anormale »,
v       Les deux montres des témoins arrêtées au moment crucial et constatées irréparables,
v       Le chien Delsey qui, consécutivement à l’incident, souffrit de mycoses et de troubles internes.

Schéma des Hill (O) et carte de M. Fish.
Contre : en 1964 à une séance d’hypnose, Betty, soucieuse de lever l’ambiguïté qui pèse sur l’objectivité de son histoire « remémorée », raconte avoir demandé au « chef » des extra-terrestres kidnappeurs « quelque chose afin de prouver que tout cela a été bien réel ». Ainsi, une carte lui est montrée qu’elle parvient alors à se remémorer et reproduire et qui prétend représenter le système stellaire (vu de là-bas, pas d’ici !) d’où sont originaires les preneurs d’otage célestes (leurs kidnappeurs) avec les « routes d’expédition ».



Marjorie Fish (1932-2013).
Une institutrice de Oak Harbor, Marjorie Fish, astronome amateur, ayant tenté de trouver à quoi peut correspondre le schéma tracé par Betty, travaille (pendant plusieurs années) sur le catalogue alors disponible des étoiles proches : en 1966, elle annonce avoir identifié, grâce à un schéma reconstitué en 3 dimensions, l’astre natal des créatures : Zeta Reticuli à 39 années-lumière de la Terre ! La caution scientifique à cette trouvaille est même apportée par une revue professionnelle de grand renom comme Astronomy, en décembre 1974. Seul problème, la deuxième étoile de la carte des Hill n’existe pas dans le catalogue.

Mais en 1981, Daniel Bonneau, astronome français, montre par interférométrie que Zeta Reticuli est, en réalité, une étoile double ! Les données plus récentes du satellite Hipparcos confirmeront cette particularité. Ainsi, certains y verront une confirmation du schéma indiquant le lieu exact d’où provenaient les ET aux gros yeux aperçus par les Hill. D’autres argueront qu’un tel système stellaire binaire est très peu susceptible, à la lumière des connaissances astronomiques actuelles, d’abriter des planètes habitables telles que la Terre.

Aux dernières nouvelles (2008), un Australien, Brett Holman, ayant accédé aux données online de l’observatoire astronomique de Strasbourg (SIMBAD), prétend que 5 étoiles au moins du schéma de M. Fish doivent être « rejetées » parce que situées à des distances qui ne sont pas celles prises en compte par l’institutrice. Si bien que l’image qu’elle en avait déduite en trois dimensions ressemblant au schéma des Hill n’a plus de raison d’être avec « toute la rigueur scientifique nécessaire » tel que vu de l’étoile Zeta Retculi. « Goodbye Zeta Reticuli » titrera-t-il son article paru dans le Fortean Times, n°242 de novembre 2008.

Confusion :
Les théories visant à banaliser l’affaire Hill n’ont pas manqué : par exemple celle du projecteur de publicité bizarrement situé dans une zone déserte (!) ; celle aussi très à la mode à l’époque d’un effet d’inversion de température dans les couches de l’atmosphère ; et bien sûr, la vision nocturne de la planète Jupiter ! Quant aux rêves de Betty qu’elle aurait raconté à Barney et ainsi « partagés », ils lui auraient été suggérés par un livre de D. Keyhoe [1897-1988] (vérifié faux) ou une émission de TV à la mode « Twilight Zone ».


Note :
1/ Ces détails du récit conscient des Hill ne furent pas mentionnés dans le livre qui popularisa cette affaire, à savoir celui de John. G. Fuller, « Le voyage interrompu », publié en 1966 et traduit en français en 1982. Ils proviennent de deux mises à jour récentes publiées toutes les deux en 2007 : l’une de l’ufologue scientifique Stanton Friedman, « Captured ! », utilisant des notes personnelles de Betty retrouvées après sa mort par sa nièce, Kathleen Marden, elle-même coauteur du livre, et l’autre de Dennis Stacy, ufologue américain, incluse dans la version « revisitée » de l’enlèvement des Hill intitulée « Encounters at Indian Head », éditée par Karl Pflock et Peter Brookesmith, suite à une réunion privée en septembre 2000 au New Hampshire rassemblant aussi bien pro- que anti-Hill et ayant eu comme invitée Betty.





Publié dans LE MONDE DE L’INCONNU, n°345, août-septembre 2010.